Puisqu’on ne l’a pas invitée dans la lumière, elle s’y est imposée d’elle-même. Bosseuse et volontaire, Raye fait partie d’une nouvelle génération de Londoniennes qui prennent d’assaut le jazz et la soul. Avec son premier disque autoproduit (My 21st Century Blues, 2023), la compositrice de 28 ans embrase les foules de sa voix remuante, parfois comparée à celle d’Amy Winehouse.
Toutes deux ont en effet fréquenté la Brit School, cette prestigieuse pépinière de jeunes talents qui a aussi abrité Adele et Jessie J. Les accointances s’arrêtent là. Malmenée par les médias comme beaucoup de divas en devenir, Raye ne renie pas l’héritage de « Wino » mais veut tracer son propre chemin.
Génie précoce, elle était à peine majeure quand elle a rédigé des paroles pour Charli XCX ou Beyoncé et posé sa voix sur les mix de David Guetta. Son premier label, Polydor, fut réticent à publier ses propres créations, jugées trop peu rentables. La jeune artiste s’en est émancipée en 2021.
Trois ans plus tard, elle entrait dans l’histoire des Brit Awards en remportant six des sept prix pour lesquels elle était nominée. Un record. À l’instar de Dua Lipa qui a « traversé la mare », comme l’écrivent les Anglo-Saxons, Raye s’est elle aussi fait aimer de l’Amérique. Nommée – trois fois – aux Grammy Awards de 2025, elle a récidivé cette année. Remarquée pour le joyau symphonique qu’est l’enregistrement orchestral de son live au Royal Albert Hall, elle a rejoint la catégorie des meilleurs films musicaux il y a deux semaines. Quelques jours auparavant, elle recevait aussi le prix Harry Belafonte de la meilleure chanson engagée pour Ice Cream Man.
Un pied de nez au passé
Chez elle, la musique est une affaire de famille. Avec un père mélomane et une mère l’embarquant dans le chœur gospel de sa paroisse, Rachel Agatha Keen – c’est son identité civile – pratique depuis l’enfance. Depuis qu’elle a troqué la chorale pour les salles de concerts, elle invite régulièrement deux de ses jeunes sœurs à performer avec elle sur scène.
Ensemble, elles répètent les textes de l’aînée, ces rêves de princesse vitriolés. Certains sont autobiographiques, dévoilent sans fard ses phobies et ses angoisses, les violences sexuelles qui ont jalonné sa vie de femme. D’autres insistent sur ses désirs de liberté, d’indépendance et de résilience face à une industrie musicale dont la gourmandise économique broie les artistes. Mis en musique, le résultat est dansant, comme un pied de nez aux douleurs du passé.
Pour Raye, l’année à venir s’annonce rouge passion, à l’instar de cette robe à la Jessica Rabbit qu’elle revêt désormais. Son dernier single, Where Is My Husband !, est un succès commercial, numéro un des classements britanniques. Elle y parodie la recherche du prince charmant.
Visiblement enregistré dans un studio improvisé, sur un simple canapé, il introduit This Music May Contain Hope, un album au titre plus que bienvenu en ces temps de brutale incertitude. L’Anglaise a entamé un marathon entre l’Europe et l’Amérique du Nord pour présenter ses nouveaux morceaux. La plupart des spectacles affichent déjà complet. Raye n’a peut-être pas encore trouvé de mari, mais elle a déjà conquis son public.