Dès la rue, sa chaise multicolore porte-bonheur signale sa présence. Ce matin, Jean David Saban a quitté « ses guenilles de peintre » pour arborer un costume noir, éclairé d’un foulard saumon et de baskets blanches. Vêtu ainsi, il reçoit les visiteurs chaleureusement. À Toulouse, la galerie Bouquières accueille à nouveau l’artiste pour une exposition intimiste intitulée « La joie secrète ». Jusqu’au 9 mai, le peintre toulousain dévoile une série de 75 toiles réalisées en à peine cinq mois, au sortir des 111 des Arts, où il se montra une nouvelle fois très engagé. Dans un élan créatif intense, marqué comme toujours par « l’angoisse » et au prix d’une tendinite aiguë de la main, Saban a donné champ libre à ses pinceaux.
« Comme Souchon, j’ai mes tubes »
Le titre de son exposition, inspiré du poète Eugène Guillevic, résonne avec une période que l’artiste juge sombre, mais traversée de fulgurances lumineuses. Celui-ci lui a été inspiré plus précisément par une photographie des quais de la Garonne : « Ce soir-là, tout était dans le noir, les réverbères étaient éteints, par contre, les bâtiments du Bazacle et de la Grave étaient allumés. Il y avait une image absolument fabuleuse à réaliser ». De cette vision inouïe naîtront plusieurs toiles aujourd’hui exposées à la galerie Bouquières.
Fidèle à ses thèmes de prédilection que sont Toulouse, les salins de Gruissan, les paysages enneigés ou encore son chat Blabla, Jean David Saban revendique une continuité sans cesse renouvelée dans ses toiles. « C’est vrai que ce sont les mêmes sujets, mais de façon jamais vue », affirme-t-il. Il ose désormais de nouvelles approches, comme les salins roses. Il compare volontiers son travail à celui du chanteur Alain Souchon « qui raconte que les gens veulent toujours du nouveau… mais ils réclament aussi ses tubes. Moi aussi, j’ai mes tubes », plaisante-t-il.
L’apparition de mini-tableaux
L’exposition joue également avec les formats où se côtoient des panoramiques, des verticaux, des cercles, des mini-formats « pour mes fidèles qui n’auraient plus de place sur les murs » et même des œuvres à contempler en surplomb. L’une d’elles est née d’un vol retour de Madrid : « Il y avait des parcelles de la Terre… je me suis dit, là tu as un tableau à 100 % figuratif et 100 % abstrait », poursuit Saban.

Saban ici avec son chat Blabla, dans son atelier, où il lui tenait compagnie.
DDM Archives, – Marc Salvet
Mais c’est sans doute l’ombre de son chat Blabla qui plane le plus intensément sur cette exposition. Disparu récemment, le félin qui appartenait à son père, continue d’habiter son œuvre et surtout son processus créatif. « Mon chat m’a fait un cadeau, il m’a augmenté en puissance », confie-t-il. La lecture du livre de Cédric Sapin-Defour sur le deuil animalier l’a aidé à comprendre cette transformation : « Je suis encore plus écorché vif qu’avant, mais de l’autre côté, je suis plus performant. Je m’aperçois qu’en peinture, je ne rate plus rien. Cela peut paraître orgueilleux de la part d’un mec qui doute tout le temps, mais je vais à l’essentiel. Aujourd’hui, je trouve toujours la clé « , avoue l’artiste.
Entre fragilité et intensité, « La joie secrète » est une exposition habitée, sincère, où la lumière surgit là où on ne l’attend pas.
Exposition » La joie secrète » de Jean David Saban, à la galerie Bouquières, 33 rue Bouquières à Toulouse, jusqu’au 9 mai. Ouvert du lundi au samedi de 10h30 à 20h