« Ce domaine près de Saint-Etienne, ma famille en a reçu les clés en 1782. Mon aïeul avait fait fortune dans le ruban, ce qui lui a permis d’acheter une charge pour être anobli, puis d’offrir une seigneurie à chacun de ses six enfants. C’est ainsi que cette propriété est entrée dans la famille. J’en ai hérité après que ma maman a eu un grave accident. Elle s’est retrouvée handicapée et a décidé de le transmettre. Elle était persuadée que mon frère allait le récupérer, mais à sa grande surprise, il a refusé la donation. Avec mes quatre enfants, nous tenions à ce château, mais nous ne voulions pas nous battre pour un bien immobilier, ni créer de disputes familiales. Finalement, personne n’en a voulu, et nous étions heureux de prendre la relève. C’était important pour moi parce que j’ai beaucoup vécu à l’étranger. A travers tous les déménagements, ce château a toujours été pour mes enfants leur seul point d’ancrage, où nous passions toutes nos vacances d’été. Ce sont eux qui ont demandé à ce qu’on ne le vende pas pour pouvoir prendre la relève. Nous avons accepté en sachant qu’il y avait de gros travaux urgents, mais nous n’imaginions pas l’ampleur de la tâche. Au départ, nous tablions sur un budget de 550.000 euros ; aujourd’hui, nous en sommes à plus d’un million d’euros de travaux déjà réalisés et facturés, et il reste encore un million d’euros de travaux à prévoir sur l’édifice. Financièrement, je ne peux plus suivre pour l’instant… »

« Cet héritage m’a coûté mon mariage. Bien que j’aie accepté la donation avec son accord initial, mon mari a réalisé que la charge était trop importante et il est parti. Il voyait sans doute le château comme un beau rêve où tout serait facile et il s’est ensuite rendu compte de l’ampleur du travail et de l’argent injecté dedans. Et puis, il voulait voyager. Or quand on possède un château, on y passe tous ses week-ends et ses vacances à l’entretenir, le rénover… Nous regardions dans des directions opposées… Ce qui m’est arrivé n’est pas si exceptionnel. Beaucoup de propriétaires ou gestionnaires de monuments historiques se retrouvent célibataires. J’ai repris le château à 38 ans et voilà, je me retrouve seule avec mes enfants, embarqués aussi dans cette aventure. Il me reste environ quinze ou seize ans de crédit. Je pense que quand ce sera terminé, je passerai la main aux enfants. »



« Ce serait un véritable déchirement s’il devait sortir de la famille »

« Au départ, ma fille Hortense ne comprenait pas forcément mon choix. Elle me disait : Maman, il faudrait quand même que tu travailles, je lui répondais que rénover un château et y développer une activité économique était un véritable métier. Aujourd’hui, à 20ans, elle est très fière de ce qui a été accompli. Elle assure même la promotion du château sur les réseaux sociaux, où elle est suivie par 72300 personnes sur TikTok. Mon fils Alexandre sera guide touristique durant l’été, et même les deux plus jeunes mettent la main à la pâte. Ils sont tous impliqués car ce projet, ce sont leurs racines. Alexandre se positionne d’ailleurs pour reprendre le château dans une dizaine d’années. Ils sont très attachés au château, ce serait un véritable déchirement s’il devait sortir de la famille. »




« Le coût d’un château est exorbitant, mais cela apporte beaucoup de joie. Nous avons commencé à ouvrir le château au public pendant le covid. Nous avons aménagé des chambres et accueillons des hôtes depuis. Offrir ce bonheur hors du temps et avoir ces conversations avec les clients est gratifiant. Avant, j’étais avocate. Je ne voyais que la misère humaine. Alors les sourires des gens que nous hébergeons sont la plus belle récompense de nos efforts. Notre quotidien est rythmé par les saisons. En ce mois d’avril, avec le retour du beau temps, nous remettons en état les chambres et le gîte. Entre deux réservations, on s’occupe de l’entretien courant, car comme le château est classé, nous ne pouvons pas faire de gros travaux nous-mêmes. A partir du premier week-end de mai, nous commençons à recevoir les clients. Le château compte entre vingt et vingt et une pièces, pour une surface de 1005m² habitables. Il faut aussi entretenir le parc, qui s’étend sur six hectares. Nous ouvrons les visites guidées pour les groupes, puis pour les individuels à partir du 1erjuillet. Nous accueillons aussi des mariages. Nous n’en organisons pas énormément car c’est un édifice fragile, mais en général, nous accueillons entre trois et six mariages par an. Nous fermons ensuite en octobre, car le château n’est pas vraiment habitable en hiver. Il gèle dans certaines pièces. Nous ne chauffons que l’étage où nous logeons. Mais l’été, c’est un paradis. Rendez-nous visite ! »

Plus d’infos sur le château : www.chateaudesaintbonnet.com.