Se mettre en danger, supporter la douleur, repousser le moment de se soigner: pour beaucoup d’hommes, ces comportements sont appris, intériorisés, parfois même valorisés comme des preuves de virilité. Un phénomène que chercheurs et personnes concernées commencent à mieux nommer.
Dans le podcast « Les vrais bonhommes », Mirco, 29 ans, entame un parcours pour prendre soin de lui. Il veut arrêter de fumer et cesser d’ignorer sa santé. « Le fait de ne pas prendre soin de soi est en fait une valeur qui peut être mise en avant dans un système de masculinité. Tu ne dois pas avoir peur, tu ne dois pas avoir de craintes. Avoir peur, c’est un problème. Donc l’autodestruction s’impose naturellement à toi. »
Quentin Delval, auteur de « Comment devenir moins con en dix étapes », se souvient avec précision du temps qu’il lui a fallu pour reconnaître qu’il ne prenait pas soin de lui. « Même en étant en situation de maladie très évidente qui impactait toute ma famille », confie-t-il dans le podcast. « La prise de conscience n’est pas venue d’elle-même. Je croyais que tout allait se régler tout seul ».
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Les vrais bonhommes prennent soin d’eux / Les vrais bonhommes / 40 min. / le 16 avril 2026 Refuser les médicaments: un acte identitaire
Les hommes mettent significativement plus longtemps à prendre les traitements qu’on leur prescrit. Un rapport de l’OMS Europe publié en 2020 démontre que les hommes sont réticents à admettre, surtout devant leurs pairs masculins, qu’ils prennent des médicaments pour leur santé mentale. Une stigmatisation qui ralentit concrètement leur rétablissement.
Pourtant, quelque chose peut changer. Dans son livre, Quentin Delval nomme « stoïcisme héroïque » cette tendance à négliger sa santé. Une formule qui résume bien le paradoxe: ce qui ressemble à de la force est souvent, au fond, un évitement. « À un moment donné, je suis passé par cette réalisation que je ne prenais pas soin de moi. Et qu’il fallait le faire. »
Christine Gonzalez