Une étude menée par l’Université de Genève et les Hôpitaux universitaires de Genève révèle une hausse des cas de cancer colorectal chez les moins de 50 ans en Suisse, alors que l’incidence diminue chez les 50-74 ans. Cette évolution paradoxale soulève des questions sur les causes et les mesures à prendre.
Une récente étude publiée dans The European Journal of Cancer montre une augmentation de 0,5% par an des cas de cancer colorectal chez les personnes de moins de 50 ans en Suisse. Cette tendance s’observe sur les 40 dernières années, avec environ 6% des cas de cancers colorectaux touchant cette tranche d’âge.
À l’inverse, l’incidence diminue chez les 50-74 ans, principalement grâce aux programmes de dépistage.
Les causes de l’augmentation chez les jeunes
Selon Jeremy Meyer, médecin adjoint agrégé au Service de chirurgie viscérale des Hôpitaux Universitaires de Genève et co-auteur de l’étude, plusieurs facteurs expliquent cette hausse chez les jeunes. Environ 20% des cas sont liés à des causes génétiques, comme le syndrome de Lynch ou la polypose adénomateuse familiale. Ces syndromes nécessitent une prise en charge spécifique, incluant une surveillance post-traitement et un dépistage des proches.
Cependant, 80% des cas sont attribués à des facteurs environnementaux. Parmi eux, on retrouve une alimentation pauvre en fibres, une consommation excessive de viande rouge ou transformée, la sédentarité, le tabagisme, l’alcool et le surpoids.
Des recherches récentes mettent également en lumière le rôle potentiel du microbiome intestinal, certaines bactéries pouvant produire des toxines responsables de mutations précoces de l’ADN.
Une baisse grâce au dépistage chez les plus de 50 ans
Chez les 50-74 ans, une diminution de l’incidence des cancers colorectaux a été observée, grâce aux programmes de dépistage. Ces campagnes permettent de détecter et d’éliminer les polypes précancéreux, réduisant ainsi le risque de développer un cancer de 30 à 40%.
Face à cette tendance, la question de l’abaissement de l’âge de dépistage se pose. Aux États-Unis, cet âge a été réduit à 45 ans, mais cette mesure ne permet pas de détecter tous les cas précoces. Jeremy Meyer explique au micro de CQFD qu’il est important de sensibiliser la population et les professionnels de santé aux symptômes évocateurs d’un cancer colorectal chez les jeunes, tels que des douleurs abdominales persistantes, des modifications du transit, du sang dans les selles, une anémie inexpliquée ou une perte de poids inexpliquée.
L’importance d’un diagnostic précoce
Le cancer colorectal détecté à un stade précoce se soigne généralement bien, grâce à une prise en charge multidisciplinaire impliquant chirurgiens, oncologues, radiologues et gastro-entérologues.
Toutefois, chez les moins de 50 ans, 27% des patientes et patients présentent déjà des métastases au moment du diagnostic, rendant le traitement plus complexe.
>> Revoir aussi le sujet d’On en parle : Jeunes et touchés par un cancer colorectal: une réalité qui échappe à la prévention / On en parle / 10 min. / le 11 mars 2026
Sujet radio: Huma Khamis
Adaptation web: Laure Pagella