Par

Jade Lacroix

Publié le

26 avr. 2026 à 19h34

Boire une canette bien fraîche, se baigner dans la mer, se laver les mains à l’eau froide… Autant de gestes banals qui relèvent de la souffrance pour Mathilda, 25 ans. Depuis une quinzaine d’années, elle souffre d’une allergie un peu particulière : l’allergie au froid. Un simple contact avec un filet d’eau froide lui déclenche plaques, rougeurs et démangeaisons. Et une exposition à des températures glaciales peut même être mortelle pour la jeune femme. Elle nous raconte son quotidien.

Une allergie qui débute enfant

L’allergie de Mathilda s’est déclenchée du jour au lendemain, quand elle avait 9 ans. « J’étais en vacances avec mes parents à Toulon. Ça faisait déjà plusieurs fois que je me baignais, mais un jour je vais me baigner et je ressors de l’eau avec plein de plaques rouges et j’étais gonflée », se souvient la jeune femme.

On ne savait pas trop ce que c’était. Mon père m’a mis de la pommade et c’est passé, donc on ne s’est pas trop inquiété.

Mathilda, 25 ans
Allergique au froid

Mais les crises de démangeaisons continuent. « Ça revenait à chaque fois que je me baignais, qu’il faisait froid, qu’il y avait du vent… J’avais des plaques partout sur le visage et le cou. »

Deux ans après la première crise, elle finit par aller voir un dermatologue. Le diagnostic tombe : elle est allergique au froid.

Il m’a dit que ce n’était pas très grave mais qu’il fallait absolument éviter de faire des bains glacés ou de la cryothérapie. Je lui ai demandé pourquoi et il m’a dit : « Ça peut vous faire un choc anaphylactique et vous pouvez mourir. »

Mathilda, 25 ans
Allergique au froid

La Nordiste est alors partagée entre le soulagement d’un diagnostic clair et le choc du risque mortel qu’il représente. « Je n’ai plus jamais consulté pour ça parce qu’il m’avait fait trop peur. C’est mon médecin généraliste qui a fini par me prescrire des antihistaminiques. »

Prendre des cachets antihistaminiques est en effet le traitement le plus efficace pour réduire les démangeaisons et les plaques rouges, comme l’explique auprès d’actu.fr Marie-Sylvie Doutre, dermatologue à l’hôpital Saint-André du CHU de Bordeaux. « On commence à un comprimé par jour, mais quelquefois, ça ne suffit pas. On peut augmenter la dose jusqu’à 4 comprimés par jour. »

Qui est le plus touché ?

L’urticaire au froid touche surtout de jeunes adultes. « Mais ça peut arriver chez les enfants », poursuit Marie-Sylvie Doutre.

Et ces urticaires surviennent souvent sur un terrain atopique. « Le terrain atopique, c’est le terrain qu’ont les patients qui ont de l’asthme, une rhinite allergique, une conjonctivite allergique, de l’eczéma, etc. », explique la dermatologue. Donc si un patient a déjà une peau réactive, il a plus de chances de déclencher ce type d’allergie.

Sans que la dermatologue ne puisse l’expliquer, cet urticaire se déclenche souvent chez les femmes.

« C’est devenu quasi quotidien »

Cela fait près d’une quinzaine d’années que le contact avec le froid déclenche chez Mathilda plaques, démangeaisons et rougeurs. « C’est devenu quasi quotidien. Dès que je me lave les mains sans attendre que l’eau soit chaude, ça me gratte et je dois réchauffer mes doigts pour que ça passe. Sauf que je vais pas attendre à chaque fois que l’eau chaude arrive, donc je fais avec… »

« L’urticaire au froid peut aussi déclencher une gêne respiratoire, des modifications du rythme cardiaque, etc. », détaille la dermatologue à l’hôpital Saint-André du CHU de Bordeaux. « Et chaque patient a sa température déclenchante. » Dans le cas de Mathilda, c’est aussi l’écart de température qui entraîne une crise.

La lucite estivale est une allergie au soleil. Elle se caractérise par des rougeurs et des boutons, notamment sur le cou et le décolleté.
Pour Mathilda, un contact avec le froid est synonyme de plaques rouges et de démangeaisons. (©Photo d’illustration AdobeStock/sablinstanislav)

Alors, pour vivre avec son allergie au quotidien, la jeune femme a développé des techniques.

En hiver, je me couvre bien pour éviter le vent. Quand je dois acheter un surgelé ou un produit frais, je le prends avec ma manche pour éviter d’être en contact avec le froid parce que sinon j’ai les doigts qui gonflent et qui grattent.

Mathilda, 25 ans
Allergique au froid La pire saison : l’été

Étonnamment, le pire pour elle, ce n’est pas l’hiver, mais bien la saison chaude : l’été. Déjà, la veille d’une baignade, où l’eau restera inévitablement plus fraîche que la température extérieure, elle doit prendre un antihistaminique qui réduit les démangeaisons mais qui n’enlève pas les rougeurs. « Ça rend seulement la crise plus supportable. »

Le plaisir de se baigner est un peu gâché parce que tu as quand même cette réaction allergique qui reste désagréable. À moins que ce soit chaud comme sous la douche, mais ce n’est pas le cas. J’ai pu me baigner sans antihistaminique uniquement pendant des vacances au Mexique.

Mathilda, 25 ans
Allergique au froid

Pour la Nordiste, le plus désagréable reste les démangeaisons. « C’est vraiment hyper embêtant. »

Mathilda a des plaques rouges quand elle est en contact avec le froid. Le pire reste les demangeaisons.
Mathilda a des plaques rouges quand elle est en contact avec le froid. Le pire reste les démangeaisons. (©Image transmise Mathilda/ actu.fr)

En septembre 2025, je suis allée dans les calanques de Marseille et j’avais oublié de prendre mon médicament. Mais l’eau était tellement belle que j’ai décidé de tester. J’avais à peine mis les chevilles qu’elles étaient toutes rouges, toutes gonflées, ça me grattait. C’est devenu vraiment insupportable, je n’arrivais pas à passer au-dessus.

Mathilda, 25 ans
Allergique au froid

La baignade dans des zones où l’eau est froide lui est donc impossible. « Je suis allée en Bretagne, mais sans me baigner. L’eau est tellement froide que la crise d’urticaire, elle est trop dure à supporter. »

C’est précisément lors des baignades qu’il faut être le plus attentif, appuie la dermatologue au CHU de Bordeaux auprès d’actu.fr.

Il peut y avoir des manifestations générales plus fréquentes que d’autres urticaires et qui peuvent être graves. Donc il faut faire très attention à ne pas se baigner seul. On prescrit aux allergiques un stylo d’adrénaline pour faire une injection en cas de symptômes importants.

Marie-Sylvie Doutre
Dermatologue à l’hôpital Saint-André du CHU de Bordeaux « On ne m’a jamais prise au sérieux »

D’après Marie-Sylvie Doutre, « l’urticaire chronique [qui dure de plusieurs mois à plusieurs années comme c’est le cas pour Mathilda, ndlr] c’est à peu près 0,1 % de la population ».

Un trouble peu commun donc, qui a valu de nombreuses moqueries à Mathilda. « On ne me prend pas au sérieux, on ne m’a jamais prise au sérieux », souffle la jeune femme. Et ce, dès son enfance.

Pour un voyage scolaire, j’avais indiqué que j’étais allergique au froid et la prof s’était moquée de moi. Elle m’a dit : « elle fait encore sa princesse, c’est n’importe quoi ». Au lycée, on a fait une expérience avec du froid et j’ai dit que je ne pouvais pas la faire et pour le coup le prof m’avait crue. Je crois que c’était la seule fois. Sinon on se moque un peu de moi, les gens pensent que je suis juste frileuse et que j’exagère.

Mathilda, 25 ans
Allergique au froid

Et ce handicap au quotidien n’a pas de date de fin. « Comme toutes les urticaires induites par des agents physiques (le chaud, le froid, le soleil…), elles arrivent à un moment donné, sans qu’on sache vraiment pourquoi maintenant et pas avant, et finissent, au bout de quelques mois, quelques années, par disparaître », rappelle Marie-Sylvie Doutre.

À l’approche de l’été, Mathilda a déjà commencé à planifier ses vacances. Entre l’achat de billets et les réservations d’hôtel, elle a tout prévu, même un passage chez le médecin pour refaire son stock d’antihistaminiques. Car, malgré tout, la jeune femme compte bien profiter au maximum des baignades estivales. 

Avec Emma Derome

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