Pour l’éternité, il restera l’avocat pourri jusqu’à la moelle des Corleone dans Le Parrain de Francis Ford Coppola. Ou le militaire sadique William « Bill » Kilgore qui faisait hurler la « Chevauchée des Walkyries » de Wagner dans les haut-parleurs des hélicoptères pour terroriser les Vietcongs dans Apocalypse Now du même Francis Ford Coppola. Il en faisait voir aussi de toutes les couleurs aux justiciés dans Le juge, ou aux non-croyants dans Le prédicateur. Pourtant, assez paradoxalement, s’il fut nommé aux Oscars cinq fois, il n’a décroché le titre du meilleur acteur que pour Tendre bonheur, dans lequel il incarnait un chanteur de country (il a composé lui-même les chansons) porté sur la dive bouteille.

Robert Duvall, connu pour ses rôles dans « Le Parrain » et « Apocalypse Now », est décédéRouge de colère

Personnellement, nous n’avons eu l’occasion de le rencontrer qu’une seule fois, à Cannes. Un souvenir… glaçant. Pour Le prédicateur. Voici comment commençait notre article, en 1997 : « Son sourire avenant ne trompe personne : Robert Duvall est un homme de caractère. Son visage assez dur, sa solide poignée de main ou son discours le trahissent immédiatement. L’adversité le dope, la polémique réveille son goût pour la provocation. »

Un film qu’il avait réalisé avec ses propres deniers, et qu’il défendait avec acharnement. « J’ai été influencé par un prêcheur que j’avais rencontré durant mon enfance. Le personnage, je l’avais donc intériorisé. Et pourtant, j’ai effectué un grand travail de conditionnement en tant qu’acteur. Pendant les trois-quatre dernières nuits précédents la grande scène, j’ai répété le sermon final avec le micro et la musique pour être prêt. Les voisins ont dû me prendre pour un fou furieux, tellement je hurlais. Même mon chauffeur y a cru, au point de venir participer à mes répétitions ! Quand je me rends à l’église, je ne ressens pas cette fièvre. Je suis croyant, et cette expérience m’a aidé : j’ai fait quelque chose de positif. Je me sens mieux maintenant. »

En face de lui, nous, on en tremblait presque. Comme il le disait lui-même, « je peux facilement m’énerver » et « on me décrit parfois comme le diable ». Et nous avons vécu face à lui une des expériences journalistiques les plus angoissantes de toute notre carrière. À la fin de l’interview, il s’est tourné vers deux journalistes parlant difficilement anglais. Tout d’abord pour leur demander pourquoi ils n’avaient pas ouvert la bouche. Puis pour les enguirlander si fort que toute la salle s’est retournée vers lui, rouge de rage. Ce jour-là, on peut vous dire qu’on était vraiment content de lui avoir posé quelques questions. En colère, même si on ne saura jamais si c’était de la composition ou de la vraie indignation pour lui, il était vraiment terrifiant. Il aurait sorti un flingue pour abattre sur place les journalistes comme un de ces cow-boys qu’il aimait tant incarner qu’on n’en aurait même pas été étonné.

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Robert Duvall était un très grand acteur, une personnalité très forte. Il avait une « gueule » et une présence comme Hollywood n’en trouve plus. Avec lui, le cinéma et le réel se confondaient. On peut dire qu’il en a généré, des cauchemars. Et pourtant, sa famille lui a rendu un dernier hommage plein de tendresse : « On encourage ceux qui souhaitent honorer sa mémoire à le faire d’une manière qui reflète la vie qu’il a menée, en regardant un bon film, en racontant une belle histoire autour d’une table entre amis ou en faisant une balade en voiture à la campagne pour apprécier la beauté du monde. »

On vous avoue franchement qu’on aurait préféré découvrir cette facette-là de lui lors de notre rencontre. Même si cela n’enlève rien à l’admiration pour un géant d’Hollywood, fan absolu de Marlon Brando et trop souvent cantonné dans des rôles secondaires.

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