L’homme a laissé un « manifeste », pour justifier le geste qu’il s’apprêtait à commettre.Cole Allen l’aurait envoyé à ses proches 10 minutes avant de passer à l’acte.Un texte qui contient des revendications confuses, sans référence explicite à Donald Trump.

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Donald Trump évacué en urgence après des tirs à Washington

Doit-on parler de tentative d’assassinat contre le président américain, qui serait dès lors la troisième en moins de deux ans ? À ce stade de l’enquête, moins de 48 heures après la fusillade au gala des correspondants de presse à Washington, il est impossible de l’affirmer. Donald Trump lui-même estime être la vraie cible de Cole Allen, neutralisé par les agents du Secret Service alors qu’il était encore à une cinquantaine de mètres de la salle où il se trouvait. 

Mais le profil atypique du tireur de 31 ans, tel qu’il est connu aujourd’hui, n’autorise pas les certitudes. Le « manifeste », qu’il aurait envoyé à ses proches juste avant de passer à l’acte, et dont le New York Post a diffusé le verbatim (nouvelle fenêtre), est quasiment le seul élément dont on dispose pour cerner ses motivations. Les enquêteurs auraient mis la main sur d’autres écrits, notamment lors de la perquisition du domicile du tireur à Torrance, en Californie, mais dont le contenu n’a pas été rendu public.

Une photo diffusée par Donald Trump du suspect interpellé après les tirs lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche, le 25 avril à Washington. Une photo diffusée par Donald Trump du suspect interpellé après les tirs lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche, le 25 avril à Washington. – @realDonaldTrump/TruthSocial

Or, ce texte ne cite pas nommément Donald Trump. L’enseignant à mi-temps et créateur de jeux vidéo y mentionne ses cibles, et ne laisse aucun doute quant à son intention de perpétrer une attaque armée dans l’enceinte du Washington Hilton, où il a été admis comme simple client de l’hôtel, en ayant réservé sa chambre plusieurs semaines à l’avance. Dans sa lettre, Cole Allen prend d’ailleurs le temps de fustiger le faible niveau de sécurité de l’établissement, dans lequel il a pu entrer avec plusieurs armes sans subir de contrôle. Il estime que des agents iraniens auraient pu facilement apporter des armes beaucoup plus dangereuses que les siennes, semblant du même coup écarter tout lien idéologique entre son action et la guerre en Iran.

« Je suis un citoyen des États-Unis d’Amérique, ce que font mes représentants se reflète sur moi. » C’est par ces mots, après une série d’excuses à ses proches et ses relations, que Cole Allen commence la justification de l’acte qu’il s’apprête à commettre. « Je ne veux plus permettre à un pédophile, un violeur et un traître de couvrir mes mains de ses crimes. » Ce passage à une conjugaison au singulier peut sembler désigner Donald Trump, même s’il peut s’agir aussi d’une forme générique qui s’adresserait à chacun des « représentants » qu’il mentionne plus haut. 

Trump s’estime visé

Le président américain semble en tout cas avoir pris pour lui cette phrase, comme l’indique sa vive réaction lorsque Norah O’Donnell l’a lue à haute voix, lors de l’interview du président américain pour l’émission phare de CBS, 60 Minutes, diffusée ce dimanche. « Je ne suis pas un violeur, (…) je ne suis pas un pédophile », a-t-il lancé, en fustigeant la journaliste pour avoir lu à l’antenne l’extrait du manifeste du tireur. 

On peut relever, sous réserve d’infirmation ultérieure de cette information relayée (nouvelle fenêtre) par plusieurs journaux américains, que si le futur assaillant a réservé sa chambre à l’Hilton plusieurs semaines à l’avance, c’est bien avant que Donald Trump n’annonce sa présence lors de la soirée des correspondants de presse, qu’il avait jusqu’ici boycottée chaque année lors de ses deux mandats. Ce qui pourrait expliquer l’absence de référence explicite au président américain dans son « manifeste ».

Cole Allen précise indirectement ses revendications en justifiant son action en tant que chrétien, mais sans apporter suffisamment de détails pour qu’on saisisse avec certitude à quoi il fait référence. « Je ne suis pas une personne violée dans un camp de détention. Je ne suis pas un pêcheur exécuté sans procès. Je ne suis pas un écolier ou un enfant affamé, ou une adolescente abusée par les nombreux criminels de cette administration. » Pour lui, ne pas réagir face à ces crimes dont il ne précise pas le contexte « n’est pas un comportement chrétien, c’est être complice des crimes de l’oppresseur ».

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Dans son texte, Cole Allen liste ses objectifs très méticuleusement. Il commence par « les officiels de l’administration », à l’exception du directeur du FBI Kash Patel, qu’il n’explique pas. « Ce sont des cibles, priorisées du plus haut rang au plus bas », annonce-t-il. Il précise ensuite qu’il considère que les agents du Secret Service ne seront des cibles que « si nécessaire », et que ceux de la sécurité de l’hôtel ne seront visés que s’ils lui tirent dessus, de même que la police du Capitole et la Garde nationale. Quant au personnel de l’hôtel et aux invités de la soirée, ce ne sont « pas des cibles du tout », assure-t-il, en expliquant qu’il utilisera des munitions moins pénétrantes comme des cartouches à grenaille.

Cole Allen sera présenté à la justice américaine ce lundi 27 avril. Il devrait être inculpé pour usage d’une arme à feu lors d’un crime violent et pour l’agression d’un agent fédéral à l’aide d’une arme dangereuse. 

Frédéric SENNEVILLE