En effet, la réforme des pensions du précédent gouvernement fédéral (Vivaldi) prévoyait de repousser le départ à la retraite à 66 ans. Or, les règles européennes interdisent aux pilotes de voler une fois l’âge de 65 ans atteint. De plus, la dernière réforme des pensions de Jan Jambon a introduit le principe de bonus-malus. « Avec ce système, les pilotes sont directement pénalisés par la situation actuelle ».

C’est un cas très concret qui a mis le feu aux poudres. Un pilote de Brussels Airlines de 65 ans a été contraint de quitter l’entreprise. Pas question toutefois, pour la compagnie aérienne, de parler de licenciement. « Nos pilotes doivent respecter trois conditions pour être pilote chez nous. Si vous ne les respectez plus, le contrat n’est plus valable », nous explique-t-on. Parmi elles, « l’obtention d’un certificat médical qui prouve qu’ils sont aptes à voler et le fait d’avoir une licence de pilote. » C’est là que le bât blesse. « Au vu de la réglementation européenne qui interdit aux pilotes de voler à 65 ans, une des conditions n’est, par définition, plus remplie. »

Pour les syndicats, le fait qu’une telle situation puisse se produire est « tout simplement absurde ». Il faut donc que le politique prenne ses responsabilités. « Ce sont eux qui ont créé ce vide juridique, à eux de le résoudre », insiste Didier Lebbe.

Pas de solutions en vue ?

Pour l’heure, le ministre Jan Jambon temporise. S’il dit comprendre « les préoccupations exprimées », il souligne que « la question relève avant tout du cadre réglementaire européen ». Concrètement, « une réduction sélective de l’âge légal de la retraite n’est pas envisagée », précise son cabinet. Mais le ministre « examinera comment, et dans quelle mesure, le gouvernement fédéral peut soutenir l’ouverture de ce débat au niveau européen ».

Le ministre estime également que les pilotes de vols passagers « peuvent continuer à exercer d’autres activités, notamment dans le transport cargo ou dans la formation (qui ne sont pas concernés par la perte de licence de vol, ndlr.) ». Mais ce n’est pas toujours possible, répond Brussels Airlines. « Nos instructeurs sont des pilotes avec une licence parce qu’ils sont à bord pour faire des trainings. Ce n’est pas aussi facile », nous explique-t-on. « Mais c’est bizarre qu’à 65 ans on perde automatiquement sa licence pour des vols commerciaux, mais pas pour des vols cargo ou privés… Ce serait intéressant de trouver une solution à cette différence assez peu logique », encourage le porte-parole de la compagnie aérienne, Nico Cardone.

Faire grève n’est pas la bonne solution, estime Brussels Airlines

L’éventualité d’une grève ne réjouit évidemment pas les compagnies aériennes. D’autant que « nous ne sommes pas en mesure de résoudre le problème », insiste Nico Cardone de Brussels Airlines. La compagnie aérienne explique même être sur la même longueur d’onde que les syndicats par rapport au problème d’âge maximal des pilotes. « C’est ensemble, avec les syndicats, qu’on demande au gouvernement de trouver une solution ».

Face à son impuissance, Brussels Airlines espère donc que le préavis ne mènera pas à des actions concrètes. « Ça aurait un impact sur les passagers », alors que nous sommes au début des vacances scolaires pour les francophones, « mais aussi un lourd impact financier pour l’entreprise. Avec la guerre au Moyen-Orient, les prix du pétrole, ce n’est vraiment pas le moment de faire grève. Surtout que la réponse ne peut pas venir des compagnies aériennes », répète Nico Cardone.

Du côté des syndicats, on est conscient de l’inquiétude des personnes ayant des vols prévus ces prochains jours. « Mais c’est le ministre Jambon qui prend les vacanciers en otage. C’est à lui de trouver une solution », conclut Didier Lebbe.