Dans le même temps, le MR fermait la porte à cette proposition. Dans le Nieuwsblad, le ministre de l’Économie David Clarinval a rappelé que l’accord de gouvernement limite la part fiscale à un neuvième de l’effort total : « Il n’y aura pas un euro de plus. Nous ne mettrons sur la table que des réformes et des économies. »

Focus sur les BIM

Côté N-VA, la présidente Valerie Van Peel a proposé d’économiser 1,5 milliard en contrôlant mieux le système d’intervention majorée (statut BIM), pointant un « conflit d’intérêts » dans le rôle des mutuelles. Une proposition qui n’est pas vraiment du goût du CD & V et de Vooruit, plutôt défenseurs du secteur mutualiste. Sur VTM, elle a également affirmé qu’un « impôt sur les millionnaires n’existera jamais ».

Devant toute cette agitation, le président du CD & V, Sammy Mahdi, a mis en garde contre l’usage d’un « langage trop musclé » à l’approche des nouvelles négociations budgétaires. Le centriste a dénoncé lundi la dureté de la proposition de Mme Van Peel visant à retirer aux mutuelles le contrôle des malades de longue durée mais, à l’instar de M. Rousseau, il a reconnu qu’il fallait lutter contre les abus.

Ballons d’essais

Pour le professeur de sciences politiques Dave Sinardet (VUB), toutes ces déclarations relèvent davantage de la musculation avant négociation que de véritables menaces de rupture. « C’est probablement pour attirer l’attention médiatique. Tous ces petits ballons d’essai qu’on laisse flotter avec des tas de propositions, ça sert surtout à profiler les différents partis pour que les gens sachent ce qu’ils veulent faire. Ce ne sont pas nécessairement des propositions qui vont aboutir dans l’accord. »

La bataille du 1er mai s’annonce corsée et animée: PS, PTB et le MR vont se battre pour occuper le devant de la scène

Dans les semaines précédentes, Georges-Louis Bouchez, président du MR, avait utilisé la menace de blocage du gouvernement pour que soient annoncées des mesurettes au niveau de l’énergie. Lors de la confection du budget à l’automne 2025, Bart De Wever avait menacé de tout abandonner s’il ne trouvait pas satisfaction. Une menace qu’il a encore laissée planer au mois de mars en indiquant : « Si ce gouvernement devient incapable de décider, je ne resterai pas Premier ministre ». On se souviendra également que Vooruit avait fait de sa participation au gouvernement une condition pour obtenir une taxe des plus riches.

 Dave Sinardet, politologue à la VUB, revient sur cette séquence politique très particulière. Dave Sinardet, politologue à la VUB, revient sur cette séquence politique très particulière.Pour Dave Sinardet, politologue à la VUB, les déclarations politiques du moment relèvent de la préparation aux négociations budgétaires. ©Photo News 

Si la stratégie de l’ultimatum a été utilisée, Dave Sinardet ne pense toutefois pas qu’un des partis de la majorité ne pousserait la logique jusqu’à réellement appliquer la menace de quitter l’Arizona. « Ils n’y ont pas intérêt. Et le gouvernement n’aurait pas de majorité. »

Coupler sans compromis

Le politologue observe, par contre, un affaiblissement du gouvernement, notamment dans le fait que les dossiers sont couplés. D’une logique de compromis (« je te donne ceci pour avoir cela »), on glisse vers une logique de blocage (« si je n’ai pas mon dossier, je bloque le tien »). « Coupler les dossiers, c’est quelque chose qui s’est toujours fait en politique belge. Mais il est vrai que ces dernières semaines, c’est devenu plus visible avec des dossiers très concrets. Cela semble indiquer que la confiance entre les partis de gouvernement n’est pas vraiment au top. »

Le gouvernement De Wever reporte les mesures sur l’énergie, Bouchez flingue les ministres partenaires

L’Anversois juge que ce gouvernement perd le dynamisme qu’il avait en début de législature. « L’exécution des réformes déjà décidées va beaucoup plus lentement que prévu. L’année dernière, on avait l’impression que ça allait assez vite, mais depuis quelques mois, ça traîne. Beaucoup de mesures ont dû être postposées, comme l’élargissement des flexi-jobs ou les réformes des pensions ».

De quoi lâcher ce constat : « Ça piétine quand même un petit peu ! »