En février 2025, C.V. (25 ans) et A.E. (41 ans) ont été arrêtés et interrogés par les enquêteurs. Ces derniers sont détenus préventivement depuis la clôture de l’instruction: la première sous surveillance électronique, tandis que le second est incarcéré à la prison de Haren.
Après trois matinées de débats, qui se sont tenues les 3, 4 et 17 mars, le procureur a estimé que l’ensemble des préventions était établies. Selon lui, l’ancien compagnon de la puéricultrice, A.E., est co-auteur des infractions.
Le parquet a requis 16 ans de détention pour A.E., assortis de 10 ans de mise à disposition du tribunal de l’application des peines. II a par ailleurs requis 10 ans de détention pour C.V., cinq ans de mise à disposition du tribunal de l’application des peines et 20 ans d’interdiction professionnelle avec des mineurs, soit la durée maximale prévue par le code pénal.
Les réquisitions s’appuient sur plusieurs photos reprises au dossier répressif, sur des messages échangés par les prévenus via la messagerie Telegram et sur des extraits d’audition à la police lors desquels C.V. a avoué avoir filmé certains enfants, poussée « par les fantasmes horribles de monsieur A.E. », pour citer le procureur général.
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Dès l’ouverture du procès, le 3 mars, la puéricultrice et son ancien compagnon ont fermement contesté les préventions de viol et d’atteinte à l’intégrité sexuelle. L’un comme l’autre soutiennent qu’ils n’ont « jamais touché un enfant ».
Les cinq photos de parties intimes de bébés non-identifiés, toutes datées entre 2020 et 2022 et retrouvées dans le téléphone de la prévenue, ne correspondent pas à des faits d’atteintes à l’intégrité sexuelle de mineurs, selon la défense de la puéricultrice.
A.E. est en aveu pour la détention d’images pédocriminelles, qu’il distingue d’images qui auraient été prises à la crèche de l’ULB. Il a soutenu tout au long de son procès qu’il n’était jamais entré dans la crèche de l’ULB au-delà du sas d’entrée. Le parquet soutient pour sa part que la puéricultrice aurait aidé son ancien compagnon à s’introduire dans l’institution.
À l’audience publique, C.V. est revenue sur ses déclarations initiales à la police, déclarant à la juge qu’elle avait livré des « faux aveux » parce qu’elle se trouvait sous pression.
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« La dynamique d’emprise a joué un rôle essentiel » dans cette affaire, ont défendu ses trois avocates. Elles ont longuement décrit, pendant ce procès, un contexte de soumission affective et de contrôle sexuel exercé par A.E. sur C.V., dans une relation longue de sept ans et entamée lorsque C.V. était encore mineure.
Six parents, représentant les trois enfants concernés par les préventions, sont constitués parties civiles au procès. Au tribunal, ils ont déclaré qu’ils en voulaient au « silence assourdissant » des prévenus qui empêche de tirer cette affaire au clair.
« Vous avez profité d’une confiance absolue et introduit le doute quelque part où il ne devait jamais entrer », a ajouté l’un des trois pères à l’audience, pour souligner la perte de confiance provoquée chez les personnes touchées par cette affaire.
Pour évaluer si A.E. risque de récidiver, le tribunal de première instance de Bruxelles ne dispose d’aucun rapport du Centre d’appui bruxellois (CAB). Alors que le prévenu souhaitait être entendu par les psychologues du CAB, ses quatre rendez-vous prévus ces derniers mois ont tous été annulés en raison de problèmes d’extraction de la prison de Haren et de Leuze-en-Hainaut. « Même ce type de dossier n’échappe pas au sous-financement de la Justice », a pointé le procureur dans son réquisitoire.