Quand Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles se laissent photographier, main dans la main, par Paris Match dans le golfe d’Ajaccio, ils excitent plusieurs passions fondamentales des Français : la politique, les secrets d’alcôve, sans oublier le goût de la transgression – le fils d’immigré ayant grandi en banlieue se trouve propulsé dans le milieu de la jet-set. « Hors sol » n’est-il pourtant pas l’une des insultes favorites des ténors du Rassemblement national ? C’est là que la politique revient. Jordan Bardella peut-il encore porter la colère contre les élites tout en s’alliant à une aristocrate cosmopolite ?
Passions françaises
L’article de Paris Match s’efforce d’éteindre la critique. D’après la mystérieuse Anne Tucoy, qui le signe, le roturier et la princesse ont beaucoup de points communs. Leur « élégance », tout d’abord (Bardella porte une cravate au bord de la mer). Leur bonne éducation, ensuite. Mais l’autrice de l’article – à mon avis, il a été rédigé par une plume de Jordan Bardella – va plus loin. Si l’aristocrate représente « la mémoire longue » et le jeune politique « le surgissement », il n’y a pas forcément contradiction. Le couple réalise l’union d’une noblesse qui préserve le passé (menacé, bien sûr) et de la figure bonapartiste de ceux « qui s’imposent non par la naissance, mais par la volonté ». C’est le mariage de Julien Sorel et de Mathilde de la Mole dans une version de Le Rouge et le Noir qui se terminerait bien. Bref, une histoire française issue des tréfonds de notre mémoire collective.