Pour rappel, les 12 pays membres de l’Opep sont l’Algérie, la République du Congo, la Guinée équatoriale, le Gabon, l’Iran, l’Irak, le Koweït, la Libye, le Nigéria, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Venezuela.
Pétrole : réunion de membres de l’OPEP+ dans le contexte de guerreD’abord, une réouverture du détroit
Pour Bernard Keppenne, chief economist chez CBC Banque, cette annonce doit toutefois être replacée dans son contexte plus global. « Soyons clairs : tant qu’aucune solution n’est trouvée concernant le détroit d’Ormuz, la question de l’approvisionnement ne sera pas réglée. L’enjeu principal aujourd’hui est sa réouverture, car il constitue un point clé pour les livraisons de pétrole. Ce détroit étant fermé, aucun pétrole n’y transite, de toute façon. Donc sur du court terme, l’annonce des Émirats arabes unis ne change pas grand-chose. Cela semble davantage être un geste symbolique, sans impact réel à court terme », explique-t-il.
Quelles conséquences ?
Sur du court terme donc, les conséquences devraient rester limitées.
En revanche, sur du plus long terme, les conséquences devraient toutefois se faire davantage ressentir en Asie, très dépendante du pétrole du Moyen-Orient. Près de 80 % de ses importations de pétrole proviennent en effet des monarchies du Golfe. « Les pays d’Asie aujourd’hui n’ont pas d’autre choix que de trouver des nouvelles sources d’approvisionnement », explique l’économiste. « On voit bien que certains pays d’Asie, comme la Malaisie, sont aujourd’hui en train de négocier avec la Russie pour essayer d’avoir un peu de pétrole. Mais la Russie ne remplacera jamais le Moyen-Orient », continue l’expert.
En Europe, l’impact est plus indirect : c’est surtout le blocage du détroit d’Ormuz qui pèse, davantage que l’annonce des Émirats arabes unis. « L’Europe n’a pas de dépendance directe au pétrole du Moyen-Orient. Le véritable enjeu se situe du côté des pays asiatiques », continue-t-il.
Les affaires de Donald Trump
Dans ce contexte, ce sont les États-Unis qui apparaissent comme les grands gagnants. « Une hausse du prix du pétrole et du gaz, c’est un avantage pour les exportateurs américains », explique l’économiste. « Trump a deux objectifs : couper les livraisons de pétrole à la Chine et avoir un monopole sur la livraison et la production de gaz et de pétrole. Il veut devenir l’acteur majeur des énergies fossiles », continue Bernard Keppenne.
« À l’exception de l’Arabie saoudite, qui parvient à exporter une partie de sa production via d’autres routes que le détroit d’Ormuz, les autres pays du Moyen-Orient sont totalement coincés », explique-t-il.
Il estime par ailleurs que l’Europe se retrouve dans une position plus fragile qu’attendu face aux États-Unis : « Nous pensions avoir une aide des États-Unis que nous n’avons finalement pas eue et nous pensions avoir une protection américaine que nous n’avons plus », analyse l’économiste.
« Cela révèle les limites de la structure »
Toutefois, Bernard Keppenne alerte : les pays du Moyen-Orient doivent désormais repenser leur modèle économique. « C’est un aveu de faiblesse. Aujourd’hui, cela signifie que le poids de l’OPEP en termes de volumes n’est plus ce qu’il était. Cela révèle également les limites de la structure de l’OPEP +, qui n’a plus la capacité d’influence dont elle disposait autrefois », continue l’économiste.
« Ils doivent trouver un autre modèle économique pour les prochaines années », conclut le chief economist chez CBC Banque.