Palantir est née en 2003, dans la suite des attentats du 11 septembre 2001, avec l’appui financier d’In-Q-Tel, le fond de capital-risque de la CIA, l’agence de renseignements des États-Unis. La firme n’occulte plus son credo patriotique, un temps mis en réserve : « L’élite de l’ingénierie de la Silicon Valley a l’obligation positive de participer à la défense de la nation ».
C’est le droit des deux fondateurs de le penser. À ceci près que Palantir dispose de contrats publics dans plusieurs États européens, parfois rudoyés par l’Administration Trump. La firme applique également ce qu’on appelle le vendor lock-in. Cet « enfermement propriétaire », courant dans l’économie numérique, rend le client captif de son fournisseur.
La méthode interroge dès lors que les logiciels de Palantir permettent une surveillance de masse à partir des données communes : immatriculations, relevés téléphoniques, réseaux sociaux… C’est un fantasme d’État policier, comme les pires dictatures en ont de tout temps rêvé.
On peut feindre de croire que l’honnête citoyen n’a rien à redouter de l’hypersurveillance ou que celle-ci serait le prix à payer pour une sécurité totale. Mais céder à une entreprise privée – qui ne fait pas mystère de ses ambitions hégémoniques – le soin d’identifier les indésirables est une ligne rouge qu’il convient de ne pas franchir dans un État de droit, ce qu’ont déjà fait certains de nos voisins.
Toute démocratie représentative doit se garder, pourtant, d’abandonner une quelconque parcelle de sa souveraineté numérique, a fortiori dans les domaines régaliens du renseignement, de la sûreté ou de la défense. Dans une réponse au Parlement, en février, le Premier ministre Bart De Wever a assuré qu’il n’existe pour l’instant « aucun engagement contractuel » entre la Belgique et Palantir. On ose l’espérer.
Les services secrets français signent avec Palantir, le géant américain proche de Trump et Israël