La FCC, l’autorité de régulation des médias américains, vient d’ordonner à la chaîne ABC de lui soumettre une nouvelle demande de licence de diffusion.Une requête qui intervient alors que Donald et Melania Trump souhaitent l’éviction de Jimmy Kimmel à la suite d’une blague sur le couple, qu’ils considèrent comme un appel à la violence.En septembre dernier, le directeur de la FCC avait réclamé la suspension de l’humoriste après des propos sur l’influenceur conservateur Charlie Kirk.

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Donald Trump évacué en urgence après des tirs à Washington

Un coup de pression de la Maison Blanche ? Vous n’y pensez pas ! La FCC, l’autorité de régulation des médias américains, a ordonné ce mardi 28 avril à la chaîne ABC, filiale du groupe Disney, de lui soumettre une nouvelle demande de licence de diffusion avant la fin du mois de mai… alors qu’elle devait initialement arriver à échéance entre 2028 et 2031. Une requête qui intervient alors que Donald Trump et son épouse Melania réclament l’éviction de l’humoriste Jimmy Kimmel à la suite d’une blague les concernant, qu’ils considèrent comme un appel à la violence – notamment à la lueur des événements survenus samedi au gala de la presse à Washington et même si la blague avait été prononcée deux jours plus tôt.

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Contacté par l’AFP, Disney a indiqué avoir reçu la demande de la FCC et s’est dit « confiant dans le fait que nos états de service démontrent que nous avons les qualifications pour ces licences ». La FCC, qui ne donne aucune justification dans l’avis administratif envoyé à la firme aux grandes oreilles, n’a pas souhaité commenter l’affaire à ce stade. Mais pour la plupart des observateurs américains, l’intervention de la Maison Blanche fait peu de doute. Mi-septembre, ABC avait retiré temporairement de l’antenne l’émission « Jimmy Kimmel Live! » pour des commentaires jugés déplacés de l’animateur après l’assassinat de l’influenceur ultra-conservateur Charlie Kirk.

« Rayonnante comme une veuve en devenir »

Concrètement qu’est-il reproché cette fois à Jimmy Kimmel ? Dans son émission diffusée jeudi dernier, l’humoriste parodiait en avance le gala des correspondants de la presse et faisait mine de s’adresser à Melania Trump, « rayonnante comme une veuve en devenir ». Exhumant cette punchline à la suite de l’attaque du Hilton de Washington, la First Lady a dénoncé « la rhétorique de haine et de violence » de l’humoriste dans un rare message posté dimanche sur X. « Jimmy Kimmel doit immédiatement être renvoyé », a renchéri le lendemain son époux. Pas de quoi impressionner le principal intéressé…

Kimmel’s hateful and violent rhetoric is intended to divide our country. His monologue about my family isn’t comedy- his words are corrosive and deepens the political sickness within America. People like Kimmel shouldn’t have the opportunity to enter our homes each evening to… — First Lady Melania Trump (@FLOTUS) April 27, 2026

Revenant lundi soir sur cette nouvelle polémique, Jimmy Kimmel a non seulement refusé de s’excuser. Mais il a remis le couvert ! « C’était évidemment une blague sur leur différence d’âge. Et le regard de joie que l’on voit sur son visage chaque fois qu’ils sont ensemble », s’est-il justifié. « C’était une petite vanne très gentille sur le fait qu’il a presque 80 ans et qu’elle est plus jeune que moi », a poursuivi l’animateur de 58 ans, deux de plus que Melania Trump. « Mais je comprends que la première dame ait vécu une expérience stressante ce week-end, comme probablement chaque week-end. »

Kimmel « devrait être mis à l’écart pour le restant de ses jours », estime la Maison Blanche

« Je suis d’accord pour dire que les propos haineux et violents sont quelque chose que nous devrions rejeter », a poursuivi l’intéressé, estimant que le meilleur moyen de les combattre « serait d’avoir une conversation » avec le milliardaire républicain. Une contre-attaque qui a rendu fou de rage Steven Cheung, le directeur de communication de la Maison Blanche. « Jimmy Kimmel est une m…. humaine », a-t-il réagi sur X. « D’abord pour avoir fait une blague dégoûtante sur le fait d’assassiner le président. Ensuite d’avoir répété cette blague au lieu de faire preuve de décence en s’excusant. ABC doit le virer immédiatement et il devrait être mis à l’écart pour le restant de ses jours. »

Jimmy Kimmel is a shit human being for: #1. Making a disgusting joke about assassinating the President #2. Doubling down on that joke instead of doing the decent thing by apologizing ABC needs to fire him immediately and he should be shunned for the rest of his life. https://t.co/utaB6gQFyb — Steven Cheung (@StevenCheung47) April 28, 2026

La requête de la FCC auprès de la chaîne vise-t-elle à obtenir le renvoi cette fois définitif de l’humoriste ? En mars dernier, son directeur Brendan Carr, nommé par Donald Trump, avait menacé de priver de licence certaines chaînes auxquelles il reprochait de « déformer » l’information et de « promouvoir de fausses théories ». Pour éviter cette issue, il les avait appelées à « corriger le tir », estimant que « le grand public a perdu confiance dans les médias » traditionnels.

En juillet dernier, le groupe Skydance Media avait accepté, à la demande de la FCC, de procéder à des changements de ligne éditoriale au sein de la chaîne CBS, souvent critiquée par Donald Trump, pour obtenir le feu vert au rachat de Paramount Global. Quelques jours plus tôt, CBS avait annoncé la suppression du « The Late Show » de Stephen Colbert. Enfin en septembre, Brendan Carr avait lui-même réclamé la suspension de Jimmy Kimmel. Il avait obtenu gain de cause, avant que ce dernier revienne à l’antenne au bout de six jours.

Des élus dénoncent « un abus de pouvoir et un acte incroyablement puéril »

« Vous vous souvenez quand ils militaient pour la liberté d’expression? », a réagi mardi sur X l’élu démocrate à la Chambre des représentants Greg Landsman, en référence aux républicains. « Instrumentaliser la FCC pour s’en prendre à des adversaires politiques est un abus de pouvoir et un acte incroyablement puéril », a-t-il poursuivi. « Nous ne pouvons tolérer ces attaques contre la presse, les médias de divertissement ou ceux qui expriment leur opinion », a exhorté sa collègue de la Chambre, April McClain Delaney. « Nous devons protester. »

Jérôme VERMELIN