guillement

« Je ne crois pas au privé pour le nucléaire »

« On ne pouvait en tout cas pas travailler avec des prolongations successives avec Engie comme on le fait maintenant », affirme Damien Ernst.

Les parties autour de la table visent un protocole d’accord d’ici au 1er octobre 2026.

« Enfin dans une direction saine »

L’expert insiste néanmoins sur la fragilité du processus, sur les incertitudes juridiques et financières, et sur la complexité d’une négociation avec Engie.

« Une nouvelle à en tomber de sa chaise » : après des discussions secrètes, l’État ouvre la porte au rachat du nucléaire d’Engie

Il craignait également l’obstacle idéologique. Une partie du monde libéral était historiquement réticente à voir l’État reprendre la main sur un outil industriel aussi lourd. Et c’est sans parler de l’opposition, en particulier des écologistes, qui étaient à la manoeuvre dans le gouvernement Vivaldi. L’ex-ministre Tinne Van der Straeten (Groen) était d’ailleurs plutôt opposé à la prolongation du nucléaire, bien qu’elle ait accepté de valider en 2023, avec le Premier ministre Alexander De Croo, l’accord Phoenix pour prolonger Doel 4 et Tihange 3 jusqu’en 2035.

« Mais finalement, le ministre Bihet a bien avancé dans ce sens et ça n’a pas posé de problème », évoque Damien Ernst.

guillement

« Oui, ce serait une nationalisation. Mais le nucléaire, c’est une énergie d’État. »

Certaines critiques se sont élevées, particulièrement du côté d’Ecolo/Groen, affirmant que ce serait un chèque potentiel inadmissible de l’État pour Engie, et que ce serait digne d’une nationalisation « irresponsable », voire « communiste » comme le déclarait sur X l’ancien co-président de Groen, Jeremie Vaneeckout. Damien Ernst répond sans détour.

« Oui, ce serait une nationalisation. Mais le nucléaire, c’est une énergie d’État. On est sur 110 ans d’exploitation, entre la construction, l’exploitation et le démantèlement. C’est du développement d’infrastructure. Il ne faut pas travailler avec du privé sur cette échelle ».

Bruno Colmant: « Je comprends la logique politique de la reprise des centrales nucléaires, mais combien cela va-t-il coûter à l’État ? »

Et il précise : « Je ne crois pas au privé pour le nucléaire. Il faut une société d’État bien managée, et pas mettre des copains incompétents. Pour la construction de centrales, le privé peut évidemment intervenir, mais pas pour l’exploitation. En Chine, en Russie, c’est public. Et en partie aussi aux États-Unis. Le nucléaire, ce n’est pas une centrale au gaz qu’on exploite vingt ans et puis qu’on revend. C’est une infrastructure stratégique », avance-t-il.

Quid du prix ?

Le gros point « noir » reste la question des finances. Combien l’État belge devra-t-il payer pour reprendre l’ensemble des sites ? Sur ce point, Damien Ernst se veut confiant.

« Il y a moyen de l’avoir gratuitement », affirme-t-il. « Il y a toujours plus de 2 milliards de contentieux entre l’État et Engie sur les provisions nucléaires (pour le démantèlement, NdlR). Engie n’a pas envie que ça lui tombe dessus. »

« Folie totale » ou « décision indispensable » ? : les réactions après l’annonce du gouvernement sur le nucléaire

Selon lui, l’État ne doit pas se comporter comme un acheteur pressé. « L’État peut et doit racheter pour zéro euro, voire à valeur négative. Engie ne veut plus du nucléaire de toute façon. »

Quant à la piste d’un renforcement d’EDF en Belgique, Damien Ernst n’y croit pas.

« Saluons le travail fait » par le duo De Wever-Bihet

Damien Ernst salue aussi le rôle politique joué par le Premier ministre Bart De Wever et le ministre de l’Énergie Mathieu Bihet. Est-ce que Bart De Wever a, politiquement, volé la vedette ? Pas forcément, selon lui. « Évidemment, le Premier ministre a une force politique que le ministre de l’Énergie ne peut pas avoir. Mais c’est un travail en duo. Il fallait que le Premier ministre s’en mêle, c’est une grosse responsabilité impliquant beaucoup d’acteurs différents ».

guillement

« Il fallait que le Premier ministre s’en mêle, c’est une grosse responsabilité impliquant beaucoup d’acteurs différents (…). Mais c’est un travail en duo »

Pour lui, le gouvernement n’avait de toute façon plus beaucoup d’options. « C’était la seule carte jouable qu’ils avaient. Saluons le travail effectué. »

« Rappelons qu’on importe énormément d’électricité de France. On est content du nucléaire français, mais attention à l’hiver qui arrive, le pays ne pourra pas forcément répondre à la demande ! Comme c’est parti, on va se retrouver à devoir se tourner vers le gaz, avec un prix entre 45 et 50 euros par mégawattheure. Ça va faire mal au niveau des factures cet hiver. C’est catastrophique ce qu’il se passe. »

Le contrôle nucléaire en danger en Belgique, faute de moyens ?