Rachat du nucléaire belge d’Engie: une nationalisation « indispensable »… applaudie par les libéraux

« Pour le moment, le gouvernement ne s’engage encore à rien », a précisé M. De Wever. Mais cette première étape signifie l’arrêt des opérations de démantèlement des réacteurs en cours et ouvre une période d’examen complet (« due diligence ») des activités nucléaires en Belgique, tant sur le plan technique, que juridique et financier. Cela signifie que l’Etat aura accès aux informations détenues jusqu’à présent par Engie avant de conclure une transaction avec le groupe français.

Les négociations qui vont s’ouvrir auront lieu exclusivement entre l’Etat belge et Engie. L’opération de reprise en main des centrales nucléaires pourrait impliquer des « partenaires » par la suite. L’une des interrogations est le transfert de la charge du coût du démantèlement nucléaire et de la gestion des déchets. Les deux ministres n’ont pas voulu s’avancer. Sous la législature précédente, le gouvernement De Croo a conclu l’accord « Phoenix » avec Engie qui prévoit un plafonnement de la charge pour l’opérateur électrique. Mais en attendant, quelque 25 milliards d’euros sont consignés dans les fonds Hedera et Synatom. Interrogé en marge de la séance, M. Bihet s’est voulu clair: le transfert de l’obligation entraîne celui des fonds et de l’argent qui y est déposé.

Le chef du gouvernement a insisté sur l’importance stratégique pour l’Etat et son autonomie énergétique d’un tel projet.

Le plaidoyer inattendu d’Elio Di Rupo en faveur du nucléaire pour protéger le portefeuille des Belges

« J’ai toujours eu l’ambition de garder ouvertes les centrales nucléaires. Aux Pays-Bas, les centrales de ce type sont prolongées de 80 ans, aux Etats-Unis, on prolonge les centrales de ce type de cent ans. Donc fermer nos centrales après cinquante ans, c’est une grosse erreur du gouvernement Verhofstadt et je suis extrêmement fier de pouvoir renverser cette folie », a-t-il commenté en marge de l’assemblée.

« Nous ouvrons le champ des possibles », a souligné M. Bihet. « Trop longtemps, nous avons hésité. La Belgique a décidé maintenant de ne plus être spectatrice ».

L’ambition est de prolonger les réacteurs existants, dans la mesure du possible, et de construire de nouvelles capacités. Le sort de Tihange 1, mis à l’arrêt, nourrit de nombreuses spéculations depuis plusieurs semaines. « L’objectif de cet examen approfondi, c’est de pouvoir envisager notamment la question de Tihange 1 de manière plus précise. Toutes les informations qui nous remontaient n’allaient pas dans le même sens, certains nous disaient il faut arrêter car ce n’est plus envisageable aujourd’hui de continuer alors que beaucoup d’autres nous disaient qu’il y avait encore des possibilités avec Tihange 1 », a encore dit M. Bihet.

Pas de nouvelles grandes centrales nucléaires avant 2039 au plus tôt

Dans l’opposition, les écologistes n’ont pas caché leurs craintes. « Le gouvernement a fait un beau cadeau à Engie. Cela nous coûtera beaucoup d’argent », a prédit Jeroen Van Lysebettens (Ecolo-Groen). Le PS a renchéri. Dans un communiqué, il s’est dit favorable à un contrôle public du secteur énergétique mais s’inquiète du rachat « à prix fort des centrales nucléaires déjà amorties depuis longtemps ». « Les Belges ont déjà payé quatre fois pour ces centrales. Si nous les reprenons, ça doit être pour un euro symbolique », a réclamé Roberto D’Amico (PTB).

« Cette annonce est à saluer, elle va dans le bon sens mais derrière cet accord il y a des zones d’ombre qui pourraient s’avérer abyssales pour le contribuable », a dit François De Smet. Les libéraux d’Anders ont salué cette première étape. « C’est l’étape logique après la prolongation des deux centrales par le gouvernement précédent », a dit Steven Coenegrachts.