Paroles coupées net, questions contournées, invectives… Ce mercredi 29 avril, Elon Musk a croisé le fer avec William Savitt, à l’occasion du troisième jour d’un procès l’opposant au créateur de ChatGPT, Sam Altman. Un contre-interrogatoire offensif, compliqué par l’insolence du milliardaire.

Tour à tour, le PDG de Tesla a jugé les questions « injustes », « fallacieuses » ou « destinées à le piéger ». « Elles sont complexes, pas simples, c’est un mensonge de dire qu’elles sont simples », cingle-t-il lorsque le conseil l’invite à ne répondre que par « oui » ou par « non ». Et lorsque William Savitt assure « faire de son mieux » pour que la discussion se passe bien, il dégoupille : « Ce n’est pas vrai. » Prise entre deux feux, l’employée du tribunal d’Oakland (Californie) chargée de retranscrire les échanges, panique : « Ne parlez pas en même temps ! »

Un jury remonté en coulisses du procès Musk-Altman: « C’est une ordure »Petites gorgées d’eau

Des débats houleux… pour un désaccord aride. Dans cette bataille censée durer quatre semaines, Elon Musk accuse Sam Altman et son bras droit Greg Brockman d’avoir fait de la structure à but non lucratif initiale d’OpenAI une machine à cash aujourd’hui valorisée à 852 milliards de dollars. Et ce faisant d’avoir trahi sa mission initiale : la construction d’une IA « bénéfique pour l’ensemble de l’humanité ».

Plus précisément, il assure que le duo aurait au fil des ans inféodé la branche caritative de la boîte à une filiale commerciale censée pourtant lui obéir. Plus tôt dans la matinée, Elon Musk, qui a aidé à lancer le projet en 2015, a regretté auprès de son avocat : « J’ai été bien bête de fournir des fonds gratuitement pour créer une start-up. » Avant d’en claquer la porte en 2018, il aurait injecté 38 millions de dollars dans OpenAI.

De sa voix de rockeur, William Savitt – qui n’en est pas à son premier face à face judiciaire avec le milliardaire – se démène pour faire tomber le portrait de grand philanthrope dressé la veille, mentionnant ici et là les rapports du grand patron avec Donald Trump ou les discours haineux de son chatbot Grok.

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A partir des mêmes pièces à conviction que ses adversaires, l’avocat d’OpenAI retrace une histoire tout à fait différente. Où les contradictions du plaignant se veulent plus criardes et son rôle moins héroïque. Mail à l’appui, il relève : « Avant même qu’OpenAI ne soit fondée, vous estimiez qu’il était préférable que la société inclue une branche à but lucratif. » Sirotant de petites gorgées d’eau, Elon Musk réplique, imperturbable : « Je ne suis pas contre le fait qu’une société à but non lucratif ait une branche à but lucratif… à condition que la deuxième serve les intérêts de la première. »

Fou de rage

Depuis leur table de bois jonchée de bouteilles d’eau à moitié vides, de câbles enchevêtrés et d’ordinateurs aux écrans dissimulés, l’armée de conseils du PDG de Tesla traque chacun des mots de leur confrère, prêt à bondir sur la moindre objection. Toujours en s’appuyant sur d’anciens courriels, William Savitt poursuit. En 2017, alors que Sam Altman envisage la création d’une br

anche commerciale pour récolter davantage de fonds, il remarque qu’Elon Musk, loin de s’indigner, offre à toute l’équipe… des Tesla. Le patron s’en sort avec une boutade : « J’avais payé le prix complet des voitures, je n’avais pas eu de réduction. »

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La même année, l’avocat repère dans d’autres échanges que le PDG réclame « le contrôle initial » de la future entité à but lucratif, avec 50 % des parts et la majorité des sièges administrateurs. « De cette façon, s’il y avait une décision que j’estimais très mauvaise, j’aurais pu l’arrêter », justifie Elon Musk, se posant encore une fois en défenseur d’une IA sécurisée.

Pourquoi Elon Musk attaque en justice Sam Altman, le patron de ChatGPT ?