Mercredi, la fille de l’acteur était auditionnée devant l’Assemblée nationale en France, dans le cadre de la commission d’enquête sur l’inceste. Elle a maintenu ses déclarations de 2021. Des propos glaçants.
« Je suis née dans la violence, a-t-elle commencé par expliquer. Avant même ma naissance, mon père avait éclaté la tête de ma mère contre un lavabo, puis il l’a frappée (alors qu’elle était) enceinte de sept mois. Il lui a donné des coups dans le ventre. Il lui a perforé un tympan. C’est dans cette violence que je suis venue au monde. Ce n’est pas un détail, ce n’est pas un contexte accessoire. C’est le point de départ. Comme tous les enfants, j’ai parlé, à trois ans, mais je n’avais pas les mots. Alors, j’ai parlé avec mon corps. j’ai reproduit sur ma mère les gestes que mon père me faisait subir. C’était ma manière de dire. Elle l’a confronté et sa réponse a été de l’insulter et de la disqualifier. J’apprends donc, dès mes trois ans, que dire ne suffit pas. Déjà quelque chose se fixe. »
Aujourd’hui âgée de 50 ans, la psychothérapeute et psychanalyste poursuit son audition en expliquant ce qu’elle a subi directement. « Puis, on m’a fait jouer. Mais les jeux de l’orchestre n’étaient pas des jeux. C’étaient des viols répétés presque chaque week-end. Le sexe de mon père dans ma bouche, en guise de trompette ou de flûte. Je garde encore aujourd’hui le souvenir de l’odeur, le souvenir des sensations, le souvenir des images. Des traces qui restent et qui ne s’effacent pas. Parce qu’il faut aussi déconstruire l’idée que l’inceste est le reflet d’une sexualité adulte. C’est juste la possession du corps de l’autre. »
Elle décrit ensuite comment elle a tenté de se protéger alors qu’elle était livrée à elle-même. « J’ai essayé de m’adapter. Je me suis protégée toute seule. À dix ans, j’ai cessé de manger pendant les vacances scolaires pour qu’il me ramène chez ma mère, pour ne plus le voir, pour faire cesser ces viols. J’ai tenu presque deux ans. Je me souviens de la fatigue, du corps qui lâche, mais aussi de cette idée très claire. Ce n’est pas un caprice, c’est la seule façon de me protéger. Une stratégie de survie, même au prix de me mettre moi-même en danger de mort. Tout, pourvu que ça s’arrête. J’avais aussi tissé une toile autour de mon lit pour empêcher qu’il s’approche la nuit. Quand j’y repense aujourd’hui, ce qui me frappe, c’est à quel point j’ai été seule dans ces moments pour sauver ma peau. Et là, j’ai parlé, encore. J’ai parlé à mon pédiatre qui voulait faire un signalement. Mais ma mère s’y est opposée, par peur. Ma parole contre la parole d’un homme connu, puissant et dont elle n’a jamais pu oublier les coups. »