Une attaque et des accusations directes contre Paris

Le dossier a pris une tournure explosive le 29 janvier, lorsqu’une attaque a visé cet aéroport. Revendiquée par l’État islamique au Sahel, elle aurait eu pour objectif de réduire les capacités aériennes du Niger, selon le général Abdourahamane Tiani, arrivé au pouvoir après le putsch de 2023.

Un énorme « convoi à la Mad Max » plein d’uranium, probablement à destination de Poutine, arraché des mains de la France

Vendredi dernier, le dirigeant est allé plus loin en accusant la France d’être derrière l’opération, dans un « agenda de déstabilisation maladive ». S’il a reconnu une faille sécuritaire au niveau de l’aéroport, il a affirmé que l’appui des Russes avait permis de repousser les assaillants. Rappelons que le 12 février, un cadre de la junte avait même appelé la population à « se préparer », affirmant qu’ils allaient « entrer en guerre avec la France ».

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« Dire qu’on est souverainiste et vendre ses ressources à la Russie, ce n’est pas ça, le jeu de la souveraineté. Il faut un vrai redressement économique »

Pour Dieudonné Wamu Oyatambwe, politologue et coordinateur du programme Afrique centrale chez WSM, ce type d’accusations s’inscrit dans un climat de polarisation avec la France. Depuis l’arrivée de la junte, observe-t-il, « les relations se sont distendues » et l’uranium est devenu un symbole politique autant qu’un enjeu économique. Il souligne aussi une logique régionale : au Niger comme au Mali ou au Burkina Faso, des régimes putschistes « qui n’ont pas été soutenus » se tournent vers la Russie et finissent par considérer la France comme un adversaire, voire comme l’obstacle principal à la consolidation de leur pouvoir.

Un « cake » à 170 millions de dollars

Pour rappel, le convoi d’uranium est constitué d’environ 1 000 tonnes de ce concentré. La valeur totale est estimée à environ 170 millions de dollars. De quoi attirer les convoitises.

Dieudonné Wamu Oyatambwe y voit un élément de plus dans la recomposition des alliances : « La Russie a intérêt à voir les relations se détériorer entre l’Afrique et l’Europe, ou la France. Pour Moscou, c’est du business. » Mais le politologue met aussi en garde contre l’ambiguïté du discours souverainiste dans certains pays africains : « Dire qu’on est souverainiste et vendre ses ressources à la Russie… Ce n’est pas ça, la vraie souveraineté. Il faut un vrai redressement économique », explique-t-il.

Paris dénonce une « guerre informationnelle »

Du côté français, les accusations sont fermement démenties. Le porte-parole de l’état-major des armées a évoqué une « guerre informationnelle » menée par Niamey. La France réfute toute volonté d’ingérence dans les affaires nigériennes et rappelle avoir longtemps combattu les djihadistes au Sahel avant d’être chassée par les juntes au pouvoir, comme le souligne l’AFP.

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« Quitter les Français et se diriger vers les Russes ne les rendra pas plus prospères »

Sur ce point, le politologue nuance : il juge ces accusations « un peu faciles », rappelant que, sans l’intervention française au Mali, la région aurait pu basculer plus tôt dans une situation bien plus grave. Mais il rappelle aussi que la responsabilité historique de la France peut également s’entendre, car la guerre en Libye menée par Nicolas Sarkozy a, selon lui, contribué à la diffusion d’armes dans le Sahel.

Un enjeu stratégique global ?

Le Niger fournit près de 5 % de la production mondiale d’uranium et ses réserves comptent parmi les plus importantes au monde. Cette situation soulève la question de la sécurité économique liée à l’accès à ces minerais. Néanmoins, l’approvisionnement en uranium apparaît moins critique que celui d’autres ressources énergétiques, en raison de l’abondance relative des gisements et de la diversification géographique des sources à l’échelle mondiale.

La Chine et la Russie s’emparent de l’uranium kazakh: doit-on craindre une pénurie de combustible dans les centrales nucléaires?

Enfin, si le pouvoir nigérien se dit prêt « à faire la guerre », le politologue estime que cette position est largement exagérée. Il souligne que ces « envolées langagières » sont « régulières » et qu’elles finissent souvent par retomber. La vraie inconnue, selon lui, tient plutôt à la position que Paris choisira d’adopter : laisser filer, ou chercher à reprendre un rôle plus actif, au risque, dans le contexte actuel, qu’une intervention soit très mal perçue.

« Quitter les Français et se diriger vers les Russes ne les rendra pas plus prospères », rappelle-t-il en guise de conclusion.