Gilles Favier et Valérie Laquittant, fondateurs du festival ImageSingulières à Sète, se sont désormais installés à Aumessas, petit village du pays Viganais dans le Gard. Expo, résidence de photographes, médiation, les valeurs de ces grands défenseurs des photographes demeurent

La terrasse de la vieille maison cévenole s’ouvre sur un paysage tout de verdure vêtu. En ce début avril, les forêts du Lingas affichent leurs jeunes pousses. Les randonneurs ne sont pas encore arrivés pour arpenter les nombreux sentiers balisés, mais cela ne saurait tarder avec les beaux jours. Le petit village d’Aumessas verra alors ses grandes maisons austères peu à peu reprendre vie. Ici, au cœur du Parc national des Cévennes, dans le Pays viganais, la commune compte 260 habitants à l’année (avec une densité de… 12 personnes au kilomètre carré). Comme ses voisines, elle eut son heure de gloire au temps de l’industrie textile et du chemin de fer, dont les viaducs enjambent encore ici et là les vallées gardoises et aveyronnaises. Telle est l’incroyable vue dont disposent le photographe Gilles Favier et sa compagne Valérie Laquittant. Et pour des gens d’image, l’histoire est… singulière.

Aumessas est un tout petit village de 260 habitants au cœur du Parc national des Cévennes dans le Gard.

Aumessas est un tout petit village de 260 habitants au cœur du Parc national des Cévennes dans le Gard.

Entre 2009 et 2023, le couple a initié à Sète un célèbre rendez-vous autour de la photo documentaire, le festival ImageSingulières. Un festival mais aussi un important travail à l’année de médiation, d’éducation à l’image, d’expositions avec un centre documentaire… Un travail connu et reconnu que les deux néo-Cévenols entreprennent de redémarrer dans leur village gardois. « Attention, on ne refera pas un festival ! », prévient Valérie Laquittant qui entend pourtant les sollicitations des uns et des autres. « Non, ici, on a appelé notre projet ImageSingulières en Cévennes, mais c’est autre chose ». On retrouvera toutefois à Aumessas l’exigence de la photo documentaire, l’envie de partager et, toujours, le respect des photographes… « Nous conservons nos valeurs », sourit Gilles Favier, lui-même photographe de presse pendant de longues années à Libération et pour l’agence Vu qu’il a cofondée. « Notre festival était gratuit, afin de toucher largement. Nous proposions des résidences et des cartes blanches. Avec l’idée de faire venir des photographes du monde entier, et des images qu’on ne voyait pas ailleurs. Et en rémunérant les photographes de façon correcte ! Ce qui n’est pas le cas de tous les festivals. »

La crise Covid et des questionnements profonds

ImageSingulières à Sète a accueilli jusqu’à 70 000 visiteurs. « On a pris des tas de risques, parce qu’à Sète, vous pouvez avoir une idée un peu idiote ou folle, personne ne va la rejeter, c’est le côté rock’n’roll de cette ville ! On s’est voulu une sorte de laboratoire de la photo documentaire, et assez vite, ça nous a dépassés », sourit Gilles. « Moi, je suis très fière de ce qu’on a réalisé, mais cela exigeait une énergie incroyable », ajoute Valérie Laquittant, qui a, suite à la crise du Covid et aux difficultés financières pour le milieu de la culture, été elle-même traversée par des questionnements profonds sur la difficile décarbonation de la culture. « Il fallait qu’on prenne nos responsabilités en matière d’impact écologique. »

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Depuis deux ans, ImageSingulières en Cévennes se conçoit hors les murs. Une itinérance qui permet de toucher des publics ruraux éloignés. Mais dès l’automne 2026, un nouveau lieu, propriété du couple qui y entreprend les travaux, va permettre d’exposer, d’organiser des projections et d’accueillir des photographes en résidence. Gilles Favier et Valérie Laquittant possèdent, de plus, un fonds de 5 000 livres et documents concernant la photographie. « On voit ce bâtiment comme un futur lieu de ressource et de réflexion. À terme, on aimerait aussi y accueillir des spécialistes des sciences humaines, des philosophes pour réfléchir à la transition écologique », poursuit Gilles Favier.

Une expo américaine en août à la cure

En attendant, la salle municipale de la cure, juste derrière l’église, accueille des expos temporaires estivales. Le couple possède en effet ses propres collections permanentes : « la photo documentaire, c’est politique et on a imaginé notre réponse à Trump avec une « suite américaine » en août prochain, qui sera la continuité de l’expo de l’an dernier, avec John Trotter et son regard sur le fleuve Colorado et Juliana Beasley qui a illustré la grande précarité d’habitants de la banlieue de New York. À l’automne, Yohanne Lamoulère, actuellement en résidence, exposera son travail auprès des jeunes de la cité scolaire du Vigan et du centre de formation des apprentis de Florac », reprend Valérie Laquittant. Comme pour le travail de Cédric Gerbehaye l’an dernier, un livre sera imprimé et proposé au public. Un ouvrage produit, en circuit court, par un imprimeur du Vigan. ImageSingulières en Cévennes, plus qu’une promesse, un engagement.