Sophie Wilmès explique alors à la journaliste qu’elle n’avait réellement qu’un seul rêve : celui de devenir mère. Les autres projets menés ont donc toujours été pensés avec cet objectif en tête. Néanmoins, elle avoue également qu’elle voulait faire « quelque chose pour les autres » : « Ça aurait pu être n’importe quoi : l’enseignement, l’armée, une ONG… Mais pas la politique, s’il vous plaît. La vie a donc un grand sens de l’ironie : quand on essaie de rester loin de quelque chose, on s’en rapproche parfois davantage. »
Le buste de Sophie Wilmès dévoilé à la Chambre (PHOTOS)Une carrière
Malgré tout, l’ancienne Première ministre est rentrée en politique à l’issue de diverses rencontres, dont une avec Eric André, un élu à Uccle qu’elle a voulu aider. Elle impute aussi son succès à un certain hasard mais également à sa détermination : « Je ne sais pas faire les choses à moitié. Quand je dis oui, je m’y consacre à fond. J’ai fait campagne comme si ma vie en dépendait. Pas par soif de pouvoir, mais par sens du devoir. Et contre toute attente, j’ai été élue. »
Sophie Wilmès avoue néanmoins ne jamais avoir eu de grand plan de carrière et avoir laissé place à l’instant présent : « Devient-on Premier ministre par hasard ? Non, bien sûr que non. Il faut de la chance, et les bonnes rencontres. Mais je n’avais pas de grand plan de carrière. Je ne me suis jamais dit : ‘Si je fais ça maintenant, je pourrai être ministre dans cinq ans’. Ça ne m’intéressait pas. Je trouve que ce genre de calcul enlève tout son éclat à la vie. Je ne regarde pas la prochaine étape. »
« Sa sortie était inadéquate »: Georges-Louis Bouchez répond aux critiques de Sophie Wilmès et assume son style de président du MRUne responsabilité vis-à-vis de sa famille
Un regard sur la vie qui a évolué au fil des années, les circonstances dans la vie de l’ancienne Première ministre ayant changé : « J’ai cinquante ans aujourd’hui, je suis veuve, je suis mère célibataire. Je dois désormais davantage penser à long terme. Avant, je faisais équipe avec mon mari. Nous étions deux, nous nous complétions, nous nous équilibrions mutuellement. Si l’un trébuchait, l’autre le rattrapait. Aujourd’hui, je ne peux pas trébucher, car il n’y a plus de partenaire pour me rattraper. Je dois m’assurer toute seule que tout fonctionne et que tout est en ordre. Je suis seule responsable de la famille. Et on parle parfois facilement de la responsabilité d’une famille, mais c’est une lourde responsabilité. »
Une lourde responsabilité qui fait que Sophie Wilmès accorde une véritable importance à la famille et a essayé de concilier vie de famille et travail : « Quand on m’a demandé de devenir ministre du Budget, j’ai demandé un délai de réflexion. Je voulais d’abord en discuter avec mon mari. J’étais très consciente que cela perturberait l’équilibre de notre famille. Devenir ministre signifiait que je devais abandonner toute une série de tâches quotidiennes pour les enfants, et que celles-ci devaient être reprises par mon mari. Il m’a dit : ‘Écoute, tu t’es toujours occupée de la famille, je pense que c’est maintenant mon tour. Tu m’as soutenu, je te soutiens.’ C’était formidable. Nous avons pris cette décision ensemble. »
Le couple a eu quatre enfants, et même s’ils formaient une véritable équipe, cela n’a pas toujours été facile : « Une grande famille a été dès le début le grand rêve de Christopher et moi. Le reste devait s’articuler autour de cela. Si j’avais eu l’intention de devenir Première ministre, j’aurais peut-être hésité à avoir des enfants. Mais ce n’était pas mon projet. Est-ce que ça a été facile ? Non. Est-ce que ça a été le chaos ? Absolument. J’ai aussi été cette mère qui a retrouvé son téléphone dans le frigo à cause de la fatigue. J’ai déposé ma fille à la crèche avec son pull à l’envers. Il y a eu des moments où j’ai cru que j’allais m’effondrer. Mais on fait ce qu’il faut. On trouve une solution. Le plus important, c’est de former une équipe. Je dis toujours à mes filles : trouvez un partenaire avec qui vous formez vraiment une équipe. Quelqu’un avec qui vous partagez les tâches et les soucis. C’était le cas à 100 % avec Christopher. »
Sophie Wilmès, la Goldman belge« J’ai tout lâché »
Malheureusement, son mari Christopher est tombé malade et est ensuite décédé. Sophie Wilmès a tout lâché pour prendre soin de lui et vivre les derniers instants : « Peu de choses dans ma vie ont été aussi claires que cette décision. Lorsque nous avons reçu le diagnostic et que j’ai compris la gravité de sa maladie, je n’ai pas hésité. Pas une seconde. J’ai demandé au médecin : ‘Vous rendez-vous compte de ce que je vais faire ? Je vais tout arrêter. Est-ce une réaction disproportionnée ?’ Le médecin m’a regardée et m’a répondu : ‘Je pense que c’est une bonne décision.’ C’était tout ce que j’avais besoin d’entendre. »
Et pourtant, cette décision n’a pas toujours fait l’unanimité : « Certains de mes collègues m’ont dit : ‘Oh là là, attends un peu, ne jette pas ta carrière comme ça, voyons d’abord comment ça se passe.’ Mais j’ai répondu : ‘Non, on n’attend pas. C’est maintenant.’ Mon mari et moi, nous avons toujours formé une équipe. Quand je faisais carrière, c’est lui qui s’occupait de tout à la maison. Il m’a soutenue sans réserve. C’était maintenant mon tour. L’idée que je continue à mener ma vie comme si de rien n’était pendant qu’il se battait pour sa vie était inconcevable. Toute mon énergie devait aller vers lui et les enfants. »
Une transition de vie et de rythme qui n’a pas toujours été facile : « On vient d’une vie où chaque minute est planifiée, où l’on est guidé par l’agenda de l’État. Et soudain, tout cela disparaît. On se réveille et son agenda professionnel est vide. À la place, ce sont des rendez-vous médicaux qui prennent le relais. C’est déroutant, ça désoriente. Mais toute cette énergie que je consacrais à mon poste de ministre s’est reportée sur Christopher et les enfants, parce qu’ils en avaient besoin. À ce moment-là, je n’étais pas perdue dans le sens de ‘que dois-je faire maintenant ?’, j’étais perdue à cause du chagrin. Mais j’étais là. J’ai pu prendre soin de lui. Et je ne l’ai pas regretté un seul instant. Cela m’a appris que le travail, aussi important soit-il, est finalement remplaçable. Les gens, eux, ne le sont pas. »