Anastasiia, 34 ans, est née à Donetsk, à l’est de l’Ukraine. Elle avait fui sa ville natale en 2014 lorsque des rebelles russophones soutenus par la Russie ont déclaré l’autonomie de l’oblast. Elle avait emménagé à Dnipro, un peu plus à l’ouest du pays. Huit ans plus tard, son quotidien a donc à nouveau été bousculé par le bruit des bombes. « C’est la deuxième fois que j’ai dû quitter ma propre maison, se désole-t-elle. Mon fils avait alors 6 ans. Il était impossible de rester. Je craignais pour sa santé mentale. »

Yuliia rend hommage à Malines en venant d’Ukraine : « Je n’ai pas vu venir la guerre dans mon pays »Une amie belge

Et cette fois, c’est très à l’ouest qu’elle se rend. « Ma maman avait une amie belge, de Zottegem, explique la jeune femme. Cette amie nous a proposé de loger quelque temps dans un appartement qu’elle possède dans le quartier de la Bourse à Bruxelles. Nous n’avons pas hésité. » Anastasiia et son fils vivront six mois dans l’appartement. Après quoi, ils emménageront quelque temps dans un hôtel proche de la gare du Midi mis à disposition des réfugiés ukrainiens, avant de trouver l’appartement qu’ils occupent toujours aujourd’hui à Laeken. « J’ai trouvé cet appartement via Facebook. »

Les deux femmes ont d’emblée commencé leur intégration. La première grande étape, c’est l’apprentissage du français. « Je ne connaissais pas un mot en arrivant ici », expose Mariana dans un français déjà très assuré. Les deux Ukrainiennes suivront un cours de français organisé par Bruxelles Formation.

Très vite, c’est la question de l’emploi qui se pose. Mariana va entreprendre les démarches pour faire reconnaître en Belgique son diplôme ukrainien en sciences économiques. Pour être guidée dans les arcanes administratifs, elle s’adresse à l’ASBL Convivial, qui accompagne les réfugiés ayant obtenu une reconnaissance en Belgique dans leur processus d’insertion. Ce contact sera déterminant. L’ASBL cherchait à l’époque du personnel. Mariana a un profil très recherché. Elle parle non seulement le français, mais aussi l’arabe, en plus de l’ukrainien. Affectée au service Logement, elle guide aujourd’hui les titulaires d’une protection internationale sur le marché locatif privé : recherche d’un logement, accès au crédit, accompagnement administratif…

Voici ce que la Belgique enverra en Ukraine si un accord de paix est concluSous statut étudiant

Anastasiia, elle, n’a pas pu obtenir une équivalence de son diplôme de droit ukrainien. Le droit ukrainien est trop différent du droit belge. Elle a donc repris des études de droit, en Belgique, à l’ULB plus précisément. « Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. En Ukraine, la loi s’applique à tout le pays, rigole-t-elle. En Belgique, dans certaines matières, il y a des législations très différentes selon les Régions. En droit fiscal particulièrement. »

Pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fils, Anastasiia accumule les emplois sous statut étudiant. Elle a travaillé comme médiatrice interculturelle pour la Croix-Rouge. Et, depuis 15 jours, elle travaille comme juriste dans une étude de notaire. Pour le complément, elle reçoit une petite aide du CPAS.

Anastasiia espère décrocher son master en droit et criminologie. Elle rêve ensuite de trouver une place dans le notariat en Belgique. Ou alors de devenir avocate. « Mais cela suppose que je trouve le temps de faire un stage. Je ne sais pas quand je pourrais le faire. Et j’ai un peu peur qu’avec mon niveau de français, j’aie du mal à plaider au tribunal. »

Quel avenir pour les Ukrainiens exilés en Belgique? « Il faudra trouver une solution sinon on va se retrouver dans une situation ingérable »Un retour hypothétique

Retourner en Ukraine ? « Pourquoi pas, répond timidement Anastasiia. Mais tant qu’il y a la guerre, ce n’est pas possible. À Dnipro, où j’ai toujours un appartement, il y a maximum 2 à 3 heures d’électricité par jour. Il fait -19 degrés. Comment voulez-vous tenir ? Des bombes tombent chaque jour sur Dnipro. Et puis, j’ai déjà fait beaucoup de choses pour construire une nouvelle vie en Belgique. Je commence à pouvoir envisager de rester ici. Mais je ne sais pas si nous aurons le droit. En principe, la protection temporaire dont nous bénéficions s’arrête en mars 2027. Nous ne savons pas ce qu’il y aura après. Ce qui pourrait m’aider à rester, c’est que j’ai un contrat de travail à durée indéterminée. »

Mariana est plus décidée encore: elle ne compte pas rentrer en Ukraine. Même si la guerre s’arrête. « Il faudra de toute façon bien 15-20 ans pour tout reconstruire. Et nous, il faut bien se nourrir. J’ai deux enfants qui, après une période d’adaptation, ont trouvé leur rythme de croisière ici. »

Du reste, la fin de la guerre reste encore très hypothétique. « Bien sûr, j’ai de l’espoir, confie Mariana. Mais on ne va pas céder des territoires. Il y a eu trop de morts. Je veux croire à une solution. Mais je ne vois pas laquelle. Le monde est devenu fou. »