D’ores et déjà, ces évolutions tangibles de la prise en charge sont observées au quotidien par les associations qui accompagnent les patients corses atteints de cancers. « Grâce à l’union des forces, et au travail en bonne intelligence de chacun, on est en train de renouer avec la confiance. Avant, après un diagnostic de cancer, quand on m’appelait pour me demander quoi faire, je disais systématiquement : partez. Aujourd’hui, je dis que les patients ont la capacité d’être accueillis et bien pris en charge à Ajaccio », témoigne Catherine Riera, la présidente de La Marie-Do. « Il y a encore quelques années, les oncologues intervenaient ponctuellement depuis Marseille. Cela changeait sans arrêt. Les patients n’arrivaient pas à créer un lien de confiance. Or, quand on est malade, on a envie d’avoir le même médecin, semaine après semaine, qui connaît votre dossier», rappelle-t-elle, « Désormais, avec cinq oncologues installés en permanence à Ajaccio, il y a un vrai suivi, une vraie connaissance des dossiers et un lien de confiance qui se crée ». Une stabilité essentielle, notamment pour les situations les plus complexes. « Le service d’oncologie se bat jusqu’au bout pour ses patients, y compris lorsqu’il s’agit de trouver des essais cliniques. Ils cherchent des solutions et n’hésitent pas, quand c’est nécessaire, à orienter vers des CHU disposant de protocoles de pointe, dans une logique de thérapies de plus en plus personnalisées », insiste encore la présidente de La Marie-Do. Dans ce droit fil, une des forces du service de cancérologie de l’hôpital d’Ajaccio est d’avoir réussi à tisser des coopérations renforcées avec de grands centres de référence. « Nous avons mis en place un groupement de coopération sanitaire avec l’Institut Paoli-Calmettes et Gustave Roussy », explique le Dr Berdah. « Cela permet des échanges rapides, des renforts ponctuels de ressources humaines, mais aussi des demandes de deuxième avis facilitées. Quand un patient est adressé depuis un centre de cancérologie, il est pris en charge plus rapidement ».
Une montée en puissance du site ajaccien
Par ailleurs, au-delà des traitements, l’accent est aussi mis sur l’accompagnement global des patients, grâce à une équipe de soins de support structurée. « Il y a ici une équipe qui prend les patients par la main, au sens propre comme au sens figuré », décrit le chef de service, « Nous proposons de la réflexologie, de la sophrologie, ou encore un accompagnement psychologique. Le fait que ce soit toujours la même équipe, auprès des mêmes patients, crée un lien très fort. Et cette équipe se déplace aussi au domicile, ce qui ne se fait pas partout ». Un accompagnement précieux que l’association La Marie-Do contribue à mettre en place. « Nous finançons une socio-esthéticienne et une réflexologue à l’hôpital d’Ajaccio. Et après les traitements, nous proposons des ateliers parole-bien-être. Beaucoup de patients nous disent qu’une fois la prise en charge thérapeutique terminée, ils ont l’impression d’être lâchés. Ces ateliers permettent de recréer un cadre, un lien, dans un environnement bienveillant », indique-t-elle.
Plus loin, grâce à La Marie-Do, d’importants investissements ont pu être réalisés dans les hôpitaux corses pour améliorer la prise en charge des malades. Dernier en date, l’association à contribuer à hauteur de 146 000 euros à la modernisation du service d’anatomopathologie de l’hôpital de la Miséricorde, permettant au site ajaccien de monter encore en puissance. « C’est un investissement très important, notamment pour l’uniformisation des prélèvements », se réjouit le Dr Jean-François Berdah. « Désormais, tout ce qui est analysé ici — biopsies, tumeurs opérées ou autres prélèvements — pourra être conservé sous forme numérisée, et non plus uniquement sur des lames physiques. Cela représente un progrès majeur en termes de sécurité, de conservation et de réutilisation des données. Les images peuvent être agrandies, partagées entre équipes, analysées à distance, et demain intégrées à des outils d’intelligence artificielle capables d’identifier des anomalies que l’œil humain ne peut pas toujours détecter ».
L’installation d’un PET-Scan toujours en attente
« Mais pour une prise en charge optimale, qui nous manque encore aujourd’hui, c’est un PET-scan et la biologie moléculaire sur place », concède en parallèle le chef de pôle de cancérologie. « C’est le serpent de mer qui revient régulièrement, même si on avance doucement vers son implantation en Corse. Ce qui nous manque aussi, c’est de la biologie moléculaire, puisqu’on sait que maintenant, pratiquement tous les patients, un jour ou l’autre, vont avoir besoin d’une prise de sang ou d’une analyse de leur biopsie ou de leur tumeur pour vérifier qu’il n’y ait pas une anomalie, une mutation qui les rendrait éligibles à un traitement particulier.Aujourd’hui, nous sommes obligés d’envoyer les prélèvements. Ce n’est pas une perte de chance ou une perte de temps, mais c’est en tout cas un côté pour le moins peu pratique que de devoir systématiquement envoyer et attendre que le résultat revienne ».
Preuve toutefois que l’hôpital d’Ajaccio tend s’inscrire dans une dynamique de recherche, d’aller chercher toujours les avancées pour mieux prendre en charge les patients, dans les prochaines semaines, le Dr Berdah participera à un congrès mondial de cancérologie urologie à San Francisco. Un sommet qui rassemblera les plus grands spécialistes des cancers de la vessie et de la prostate et qui permettra au praticien ajaccien d’en apprendre plus sur les dernières nouveautés thérapeutiques. « Ce sont des choses que on fait régulièrement, mais il y a des congrès comme celui-ci qui sont un peu plus prestigieux qui nous permettent d’avoir l’information au plus près, au plus vite. C’est-à-dire que si on voit l’émergence de tel ou tel médicament ou de tel ou tel protocole, on pourra l’appliquer rapidement aux patients d’Ajaccio plutôt que d’attendre de voir ce qu’en disent les sociétés savantes et les grands centres. Là, s’il y a des choses nouvelles, le lundi matin, quand je reviendrai, je pourrais dire à mes collègues, la nouveauté c’est cela, et à partir de la semaine prochaine, on peut la mettre en place », avance-t-il, « Et puis, l’avantage d’aller à un tel congrès, c’est que vous rencontrez des confrères venus de partout, vous pouvez les questionner et discuter de protocoles qu’ils ont mis en place ».
Ancrer les soins sur le territoire