Dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », Julien Le Romancer réagit au sujet des horaires de plus en plus tardifs des « prime time » à la télévision :

« Je souhaite réagir au courrier d’un lecteur sur les horaires des programmes télé et celui des écoles (Ouest-France du 29 avril 2026). Je suis en total accord avec ce courrier.

La télévision a repéré il y a quelques années une opportunité commerciale en décalant ses prime time à 21 h 15. Cela a commencé avec C8 et Cyril Hanouna (comme mentionné par La Dépêche en 2018). Et ça permet de caser de la publicité supplémentaire. La publicité étant limitée par heure, cela permet de caser un premier créneau avant 21 h et un second après 21 h, rentabilisant ainsi l’audience autour de 21 h. Leur profit est leur seul objectif. La santé publique, le sommeil, ils s’en moquent.

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« Les chaînes organisent cette concurrence avec le sommeil »

Le cofondateur de Netflix, Reed Hastings, disait déjà en 2017 que « [son] pire ennemi, c’est le sommeil ». La consommation d’écrans est en concurrence avec… le sommeil donc ! Le rogner, c’est développer le marché des plateformes de streaming et des chaînes de télévision. C’est augmenter le fameux « temps de cerveau humain disponible » commercialisable et vendu à leurs annonceurs, comme le déclarait Patrick Le Lay, PDG de TF1, en 2004.

Mais pas de panique ! TF1 (toujours) propose une solution : les micro-transactions. Dans un communiqué scandaleux, le groupe propose qu’« un utilisateur souhaitant regarder The Voice avec ses enfants et éviter de se coucher trop tard pourra opter pour la version sans publicité à 0,99 €, lui faisant économiser 24 minutes de temps de visionnage ». Les chaînes organisent donc cette concurrence avec le sommeil et proposent de payer pour rester en bonne santé, en prenant « en otage » les familles qui voudraient regarder la télé avec leurs enfants.

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« Un argument fallacieux »

Il y a encore le « rattrapage » possible, me direz-vous (visionnage des émissions en différé, ou « replay »). C’est d’ailleurs ma solution pour éviter des soirées qui s’éternisent. Mais ce rattrapage fonctionne beaucoup moins sur le sport. De leur côté, les chaînes font pression pour retarder les coups d’envoi. TF1 a ainsi demandé à l’UEFA (Union européenne des associations de football) de commencer les matchs de foot à 21 h. Et qu’importe que l’argument soit fallacieux. Ils affirment qu’il y a plus de monde devant la télé à 21 h qu’à 20 h 45, que décaler le coup d’envoi gonflerait les audiences.

C’est vrai pour la première partie, mais pas pour la deuxième, car il y a sûrement plus de monde à 20 h 45 qu’à 22 h 30. Car c’est ce quart d’heure qu’il faut comparer. Et nous retombons sur l’objectif premier de cette démarche : cela permet donc de mieux rentabiliser la publicité de 20 h 55 par rapport à celle de 22 h 35 !

Je parle du privé, mais le service public n’est pas en reste ! Sur France 2 les matches de rugby démarrent régulièrement à 21 h 10, 21 h 15. Quel intérêt alors que leurs pubs sont limités ? Pour caser leurs séries de 20 h 40 qui retardent nos soirées ? Mystère.

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« C’est le rôle de l’État d’agir »

Lorsque les dérives du privé impactent la santé publique, on peut se dire que c’est le rôle de l’État d’agir, de réguler pour protéger la population. Anticiper les problèmes coûte moins cher que de traiter les conséquences d’une dégradation profonde du sommeil. Cela me gêne profondément de me dire qu’il faudrait que l’État régule le début des prime time. Cela me paraît délirant même. Mais je n’arrive pas à trouver d’autre solution.

Et si certains ne sont pas contents avec un prime time à 20 h 45, le contrôle du direct existe à présent, tout comme les enregistrements, libre à eux de l’utiliser ! Commencer le prime time à 20 h 45, c’est laisser le choix de l’heure du démarrage, car on peut le reporter. Le commencer à 21 h 15, c’est imposer à tous un démarrage et une fin tardive (particulièrement pour les évènements sportifs), ou regarder le programme avec une ou plusieurs journées de retard, et rater les conversations avec les collègues de bureau. »

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