$5 – Talked to John Ternus – Head of Hardware Engineering at Apple, and it was interesting hearing straight from the top why the iPhone is harder to repair. Take a listen pic.twitter.com/O9QsQOx4SP

— Marques Brownlee (@MKBHD) May 29, 2024

Maintenant que l’on sait que John Ternus prendra les commandes d’Apple à la rentrée, tout ce qu’il a pu dire par le passé remonte logiquement à la surface. Puisqu’Apple ne l’expose médiatiquement que depuis quelques années, ses prises de parole sont relativement rares, ce qui rend l’exercice du portrait complexe pour celui qui doit succéder à Tim Cook.

Portrait : John Ternus, l’homme qui visse le futur d’Apple 🆕

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Pourtant, une séquence mérite que l’on s’y attarde : une rencontre avec le youtubeur MKBHD il y a un peu moins de deux ans. À l’époque, celui qui était encore « seulement » le grand patron du matériel chez Apple avait ouvert les portes de ses laboratoires de tests de résistance. Cet échange fut l’occasion pour John Ternus de défendre sa vision de la conception de l’iPhone, en opposant deux concepts souvent jugés contradictoires : la durabilité et la réparabilité.



Pour structurer sa pensée, John Ternus invite à imaginer deux extrêmes, deux piliers qui encadrent la conception d’un produit. D’un côté, un appareil théorique qui ne tomberait jamais en panne. De l’autre, un produit fragile, mais dont chaque composant se remplacerait en un tournemain. Pour le futur CEO d’Apple, le choix est fait : un produit qui ne tombe pas en panne est, par définition, la meilleure option, tant pour le confort de l’utilisateur que pour l’empreinte environnementale.

Si l’on pourrait espérer que la réparabilité infinie et la durabilité totale cohabitent harmonieusement, la réalité technique impose souvent des arbitrages douloureux. John Ternus illustre ce point par l’exemple de la batterie, un composant d’usure par excellence qui doit, tôt ou tard, être remplacé pour prolonger la vie du smartphone.

Le sacrifice de l’ouverture sur l’autel de l’étanchéité

Au début de l’histoire de l’iPhone, la première cause de mortalité des appareils n’était pas l’épuisement des cellules chimiques, mais les accidents liés aux liquides. Apple a donc mené une guerre de longue haleine contre l’eau et la poussière pour atteindre la certification IP68, celle-là même qui permet aujourd’hui à certains utilisateurs de repêcher un iPhone au fond d’un lac après plusieurs jours et de le voir se rallumer.

I recently got to visit some Apple labs where they durability test new iPhones before they come out, and learned a few things (🧵THREAD)

#1: Have you actually seen how they water test phones for IP ratings? (video) pic.twitter.com/Qh3hfmlmdn

— Marques Brownlee (@MKBHD) May 29, 2024

Cette résistance héroïque a toutefois un prix. Pour rendre un châssis parfaitement étanche, Apple doit multiplier les joints, utiliser des adhésifs puissants et complexifier l’assemblage interne. Ce sont précisément ces barrières physiques qui rendent l’accès à la batterie plus laborieux pour un réparateur. Pour John Ternus, il s’agit d’un compromis délibéré : mieux vaut un appareil un peu plus difficile à ouvrir qu’un téléphone qui rend l’âme à la moindre tasse de café renversée.

Une équation mathématique et écologique

Le raisonnement de Ternus s’appuie sur une logique purement statistique. Selon lui, le gain de fiabilité global surpasse largement l’inconvénient d’une réparation complexifiée. En abaissant drastiquement le taux de panne, Apple réduit mécaniquement le nombre d’interventions nécessaires.

Sa conclusion ressemble à une profession de foi pour sa future gestion de l’entreprise : la réparabilité est une variable que l’on peut mettre en équation. Selon ses calculs, il existe un seuil où la robustesse d’un produit devient si élevée qu’il est préférable, pour le bilan écologique final, de sacrifier une partie de sa facilité de démontage. Chaque réparation évitée est, après tout, une économie de transport et de ressources naturelles. Reste à savoir si cette vision, très centrée sur l’ingénierie, saura convaincre les régulateurs de plus en plus pointilleux sur le droit à la réparation.