Aïcha N’Doye, la chirurgienne qui apaise ses patientes en chantant
Depuis quand la musique fait-elle partie de votre vie ?
« J’ai toujours été passionné par la musique. J’ai commencé à jouer comme autodidacte dans le garage de mes parents avec un ami. Puis, j’ai commencé à écrire et à composer. On a formé le groupe Inside et on participait à des concours qui mettaient en lumière de nouveaux talents. Le groupe n’a pas eu un succès particulier mais on jouait quand même au Botanique deux fois par an. Puis, la vie professionnelle et la vie familiale ont fait que la musique est un peu restée en sourdine. Mais, il y a un peu plus d’un an, ma compagne et mes amis m’ont offert quelques jours en studio pour travailler une chanson que j’avais écrite. J’ai fait de chouettes rencontres dont une qui a été un véritable déclic humain, émotionnel et créatif. Celle de Remy Lebbos qui est arrangeur et producteur. Il a travaillé pour de grands noms et a des références majeures. Sa femme est coach vocal. On a commencé à travailler ensemble sur mes compositions et mes textes. C’est grâce à lui que j’ai sorti mes chansons sur les plateformes. »
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Que signifie votre nom d’artiste : A Boy Named B ?
« J’ai un peu cherché et je me suis dit que c’est ce qui pourrait me représenter le mieux. « Boy » fait référence à l’enfance. Je reste un grand enfant, j’ai des rêves en permanence et des projets. Ce côté infantile, je veux le cultiver parce que je pense qu’il est fondamental. Il y a aussi un clin d’oeil au fait que mon métier consiste à soigner des enfants. « B » est l’initiale de mon prénom, évidemment. L’ensemble fait référence à une chanson de mon idole, Nick Cave, dans laquelle il parle d’une « Girl Named B ». »
À ce stade, vous avez sorti quatre titres. Quelles sont vos inspirations ?
« J’appelle ça des crises d’épilepsie émotionnelles. Ça veut dire que j’ai un cerveau en ébullition permanente, de jour comme de nuit, et à un moment, il faut savoir en faire quelque chose. Écrire et composer est pour moi une décharge émotionnelle par rapport à mon vécu ou à un ressenti. Rapidement, j’ai le texte, les mélodies. C’est toujours très personnel. »
Comment passe-t-on du bloc opératoire à la création musicale ?
« Pour moi, il y a une complémentarité évidente entre les deux univers. Ils communiquent et se nourrissent l’un l’autre. Entrer au bloc pour opérer le cerveau d’un nouveau-né avec cette responsabilité immense, en sachant que tout peut arriver y compris des complications pouvant aller jusqu’à la mort, n’est pas facile. Il faut être totalement déconnecté sur le plan des émotions. Mais ces dernières doivent s’exprimer ensuite. Certains ont besoin de sport pour tout relâcher, moi j’ai besoin de la musique. Le soir et la nuit sont plus propices à la création pour moi parce que tout est calme, il y a moins de stimuli. »
Vous n’avez pas besoin de musique de fond pour opérer ?
« Non. Au contraire, j’ai besoin du calme et du silence absolu. Certains me demandent comment je peux rester aussi zen pendant les interventions. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’à l’intérieur, c’est l’explosion absolue. Et ces émotions, je les sors par la suite, en musique. »
Vos collègues sont-ils au courant de votre passion ?
« Oui, totalement. Mon bureau ne ressemble pas à celui d’un chef de service. On n’y trouve pas des diplômes encadrés mais des photos de mes idoles, des œuvres d’art et ma guitare. C’est un espace dans lequel j’aime me réfugier pendant la journée quand je dois exprimer mes émotions. Il m’arrive de sortir du bloc et d’écrire des chansons dans mon bureau. Mes collègues écoutent ce que je fais et me suivent pour la plupart. »
Musique et santé mentale: vers la fin d’un tabou
Pourriez-vous mettre votre carrière médicale de côté pour vous consacrer à la musique ?
« Non parce que les deux sont complémentaires. J’ai l’impression que si j’arrête l’un, je ne pourrai pas nourrir l’autre. Puis, ma mission première est tout de même de sauver des enfants. C’est ce qui m’anime également. »
Vous vous considérez comme un médecin qui fait de la musique ou plutôt un artiste qui a une double vie ?
« Comme un médecin qui fait de la musique. Médecin d’abord. »
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