La start-up tricolore va tester cet été, en partenariat avec l’Ifremer, un système de submersibles et de vaisseaux de surface robotisés développé en s’inspirant des méthodes du « NewSpace ».
Transposer le modèle spatial du « NewSpace », dont SpaceX est le porte-drapeau, aux océans. C’est le pari un peu fou – ou précurseur – de Bubble Robotics, une start-up française fondée en 2025. À sa tête, un duo formé par l’entrepreneur Jean Crosetti, PDG, et Patricia Apostol, directrice technique, une jeune ingénieur, passée par la Nasa et l’École polytechnique (ETH) de Zurich. Leur mission ? « Faire des océans une force de résilience pour le futur. » Cela, en les surveillant, en cartographiant leurs fonds, mais aussi en protégeant les infrastructures critiques, établies sur leur bord ou au large.
La connaissance de la situation en mer et la surveillance des infrastructures critiques – à l’instar des mouvements en orbite et de la protection des satellites – relèvent également de la sécurité nationale. Les mers et les océans sont des zones de plus en plus contestées par des puissances belliqueuses, qui n’hésitent pas à mener une guerre hybride contre les ports, les chenaux d’accès, les parcs d’éoliennes en mer, les plateformes offshore, les câbles sous-marins par où transitent plus de 90 % du trafic internet ou encore les gazoducs posés au fond de la mer. En témoigne le sabotage commis en 2022 contre les gazoducs Nord Stream en mer Baltique. Sans oublier la menace des mines et de blocus de voies stratégiques pour le commerce mondial, comme c’est actuellement le cas dans le détroit d’Ormuz où le trafic est au point mort depuis son double blocage par l’Iran et les États-Unis.
Déploiement de « constellations marines »
Pour surveiller leurs côtes et protéger leurs actifs au large, les États et les opérateurs privés emploient des moyens coûteux (bateaux avec équipages et grands drones sophistiqués), estiment les patrons de Bubble Robotics. Ils ont donc décidé de dynamiter ce marché, en lançant une solution à bas coût, produite en grand volume et facilement déployable. Comment ? En s’inspirant des méthodes en usage dans le NewSpace : baisse drastique des coûts, développement rapide, amélioration continue et essais en condition réelle. Objectif ? « Déployer des constellations marines, avec des petits drones, équivalents des CubeSats (minisatellites, NDLR) dans le domaine spatial, afin de créer une infrastructure robotisée permanente en mer », explique Jean Crosetti.
La jeune pousse, qui a bénéficié d’une subvention de Bpifrance et a levé 4,5 millions d’euros en amorçage auprès d’Episode 1, Asterion Ventures et Norrsken Evolve, a développé et construit un premier prototype. Cela, en appliquant les méthodes éprouvées dans le spatial par bon nombre de start-up : développement rapide, baisse des coûts, amélioration continue et tests.
La solution imaginée par Bubble Robotics repose sur un drone mère de surface, de 4 mètres de long, affichant 200 kg sur la balance, fabriqué en plastique de qualité marine, aluminium et fibre de carbone. Ce bateau robotisé embarque des mini-drones sous-marins, dotés de capteurs (sonar et caméra) et d’IA pour collecter et traiter des données, qu’il peut déployer et rembarquer en fin de mission. Il est également doté d’une capacité d’amarrage automatique. « Le vaisseau mère produit sa propre énergie à partir du rayonnement solaire, ce qui lui assure une permanence à la mer d’au moins six mois et un taux élevé de revisite sur de grandes surfaces, par exemple un parc éolien sur 100 km2. Et cela pour un coût 90 % moins élevé qu’en mobilisant un bateau avec un équipage », explique le PDG.
Production en série en Bretagne
Les futurs clients ne paieront « que » les données collectées, c’est-à-dire le service, sans avoir besoin d’acheter le système. Bubble Robotics en reste le propriétaire et l’opérateur. À titre d’exemple, la start-up cite un opérateur de terminaux portuaires qui souhaiterait lancer une inspection sous coque des bateaux pour s’assurer qu’ils n’ont pas été contaminés par des parasites. « Actuellement, les ports doivent employer des plongeurs, ce qui coûte entre 3 000 et 4 000 euros par jour et par plongeur. Notre solution est dix fois moins chère », assure le PDG. De même, le système pourrait être utilisé, seul ou en complément d’autres moyens plus sophistiqués, pour des missions de détection et de neutralisation de mines. Mais Bubble Robotics doit encore franchir de nombreuses étapes avant de se transformer en SpaceX de la mer.
Et d’abord démontrer la fiabilité technique de sa solution. Ce qui est prévu cet été, avec une campagne d’essais, menée en mer, au large de Brest, en partenariat avec l’Ifremer. « Ce sera un tournant », admet Jean Crosetti, qui veut aller vite, avec une version commerciale prête pour le printemps 2027. Et un objectif « de déploiement de 200 systèmes robotiques d’ici à 2030 ». Bubble Robotics assure avoir reçu plusieurs marques d’intérêt de la part d’opérateurs de plateformes offshore et de parcs éoliens en Europe. Et déclare avoir engagé des discussions avec des sous-traitants, en vue de la production en série en Bretagne.