En réaction, le président américain a annoncé en fin de semaine une série de mesures contre l’Allemagne : hausse des droits de douane de 15 à 25 % pour les voitures européennes (en majorité allemandes) mais aussi le retrait de plus de 5 000 GI des bases américaines en Allemagne.
Pour tous les experts, Trump a voulu se venger de l’affront de Merz. Le milliardaire a d’ailleurs renchéri samedi 2 mai devant des journalistes en Floride : « Nous allons réduire le nombre de manière encore plus significative, à savoir de bien plus de 5 000 soldats américains. »
« Les États-Unis se font humilier par l’Iran » : Donald Trump répond à la sortie choc du chancelier allemandPour Trump, Merz « fait un travail épouvantable »
Lors de la visite du chancelier à la Maison Blanche, début mars, il était encore un « ami » et un « excellent dirigeant ». Merz est aujourd’hui un incapable qui ferait mieux de remettre de l’ordre dans un « pays en ruines ». « Il fait un travail épouvantable », proclame Trump sur son réseau social en référence aux politiques allemandes énergétique et d’immigration.
Pour Friedrich Merz, ce divorce est un revers important, alors qu’il tenait à maintenir une bonne relation avec Donald Trump et pas seulement pour protéger les intérêts de l’industrie automobile allemande aux Etats-Unis. Cet atlantiste convaincu ne veut pas couper le cordon ombilical qui lie les deux pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale tant que les Européens ne seront pas en mesure d’assurer leur propre défense.
Sans Merz, l’Europe perd donc son dernier relais avec la Maison Blanche, à l’exception peut-être de Mark Rutte, le secrétaire général de l’Otan, qui s’est distingué par des flagorneries peu efficaces. « Mais les plus coopératifs tombent en disgrâce », rappelle Christian Lammert, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Berlin (FU), dans une interview au quotidien berlinois Der Tagesspiegel.
La perte d’un soutien stratégique essentiel
Ce week-end, Berlin a tenté de minimiser l’affaire. Boris Pistorius, le ministre de la Défense, estime que le retrait d’une partie des soldats américains était prévu depuis longtemps. « Il n’y a aucune raison de paniquer », a ajouté le président de la commission de la Défense de l’Assemblée fédérale (Bundestag), Thomas Röwekamp.
Mais il y a des raisons de s’inquiéter, rétorquent les experts. Ce n’est pas le retrait de GI qui est le plus préoccupant, mais l’abandon du projet de stationnement de missiles de croisière américains Tomahawk qui, selon la presse américaine, serait également sur la liste des « sanctions ». Cet accord avait été signé entre l’ancien chancelier, Olaf Scholz, et le prédécesseur de Donald Trump, Joe Biden.
« Les Européens ne possèdent pas ce genre de missiles qui jouent un rôle de dissuasion essentiel face à la Russie [qui, elle, en dispose dans l’exclave russe de Kaliningrad] », estime Christian Mölling, expert des questions de défense. « Trump affaiblit la dissuasion conventionnelle de l’ensemble de l’Otan », renchérit Carlo Masala, expert militaire à l’université de la Bundeswehr (armée allemande), cité par le magazine Der Spiegel.
Merz, qui aimerait assurer un nouveau leadership en Europe, perd un soutien stratégique essentiel dans les négociations internationales, notamment sur l’Ukraine, dont l’Allemagne est le principal bailleur de fonds (100 milliards d’euros depuis le début de la guerre). « Le message envoyé par Washington est que Trump décidera désormais sans Berlin, analyse Christian Lammert. Sans ces relations personnelles, les canaux informels pour résoudre les conflits feront défaut. »
39 000 soldats américains en Allemagne
L’une des conséquences de ce divorce germano-américain devrait être une nouvelle accélération du réarmement de l’Allemagne. Berlin dépense actuellement sans limite budgétaire pour équiper la Bundeswehr et en faire une armée « capable de se battre » face à une éventuelle attaque russe, selon les termes du ministre de la Défense.
Certains observateurs doutent néanmoins que les Américains mettent à exécution toutes ces sanctions. « Les Etats-Unis ont aussi besoin de nous », rappelle Sara Nanni, la porte-parole du groupe écologiste (opposition) en matière de défense. Les bases européennes servent en effet de relais logistique essentiel à l’armée américaine. Environ 86 000 soldats sont stationnés en Europe, dont quelque 39 000 en Allemagne. Après le Japon, l’Allemagne est le deuxième site hors Etats-Unis, avec le plus grand hôpital américain à l’étranger.