Catherine Cosme organise un drame familial qui radiographie les dommages des sociétés de crédit auprès des plus fragiles.

Une dette ne se voit pas. Lucile (Vimala Pons), photographe qui a réussi à quitter sa province, revient dans sa maison d’enfance pour découvrir simultanément que sa mère est mourante et qu’elle a contracté des dizaines de crédits à la consommation en usurpant son identité. Pendant des années, Colette a porté ce masque de femme qui s’en sort pour dissimuler un surendettement colossal. Les dettes se transmettent, les identités s’usurpent et la famille, loin d’être un refuge, devient un lieu où la violence économique s’exerce comme ailleurs.

Chaque objet accumulé au fil d’une vie se transforme soudainement en actif comptable, en ligne d’un tableau de remboursement, et c’est dans ce vertige-là – la mutation des souvenirs en marchandise saisissable – que Catherine Cosme trouve la matière la plus vive de son film.

Scénographe belge venue du théâtre, elle fait affleurer la ruine, la honte et la mort sous la lumière éclatante du soleil provençal. La cinéaste organise un drame familial sans douceur forcée ni sentiment mièvre et radiographie ces sociétés de crédit qui prospèrent sur la fragilité des plus exposé·es, et la honte sociale qui condamne leurs victimes au silence.

Sauvons les meubles de Catherine Cosme, avec Vimala Pons, Yoann Zimmer, Guilaine Londez (Fra., Bel., Sui., 2025, 1 h 26). En salle le 6 mai.