L’inquiétude tient au déficit de financement du Fonds mondial, qui n’a réuni que 12 milliards de dollars sur les 18 milliards nécessaires pour son plan 2026-2028, soit un manque de 6 milliards.
La prévention fragilisée
Le CNS souligne que toute baisse des financements touche d’abord les actions de prévention. Dépistage communautaire, distribution de préservatifs, prophylaxie pré-exposition ou prévention de la transmission mère-enfant reposent largement sur l’aide internationale.
Quand les moyens diminuent, ces programmes sont réduits ou ralentis. La couverture préventive recule, avec un impact direct, même s’il est différé, sur le nombre de nouvelles infections. Dans plusieurs régions, ces dispositifs constituent le principal outil de contrôle de l’épidémie. Leur affaiblissement expose donc à une reprise des contaminations, en particulier dans les populations les plus exposées.
Des systèmes de santé fragilisés au-delà du VIH
Au-delà du VIH, c’est l’ensemble des systèmes de santé qui est concerné. Dans de nombreux pays, les financements du Fonds mondial ne servent pas uniquement à acheter des traitements. Ils financent aussi les laboratoires, les circuits d’approvisionnement du médicament, la formation des soignants ou les systèmes de suivi des patients.
Quand ces financements diminuent, les effets dépassent les seules pandémies. L’offre de soins primaire se fragilise. La surveillance des épidémies, les capacités de diagnostic et la continuité des approvisionnements pharmaceutiques peuvent être directement perturbées.
Le risque documenté d’un rebond épidémique
Pour appuyer son alerte, le CNS s’appuie sur plusieurs modélisations scientifiques internationales. Il ne s’agit pas d’une photographie de la situation actuelle, mais de projections fondées sur des scénarios de baisse de l’aide mondiale.
Selon ces travaux, une diminution de 24 % des financements internationaux, associée à l’arrêt du programme américain PEPFAR en 2025, pourrait entraîner entre 4 et 10 millions de nouvelles infections par le VIH d’ici 2030, ainsi que 800 000 à 3 millions de décès supplémentaires.
Ces projections décrivent un risque clair de reprise de l’épidémie, avec des niveaux de contaminations et de mortalité susceptibles de se rapprocher de ceux observés avant l’accès généralisé aux traitements dans les années 1990.
Un point de bascule pour la santé mondiale
Les conséquences ne se limiteraient pas au VIH. Le recul des financements toucherait aussi les autres pandémies soutenues par le Fonds mondial, en particulier la tuberculose et le paludisme, qui restent parmi les premières causes de mortalité dans plusieurs régions d’Afrique et d’Asie.
Pour le Conseil national du sida et des hépatites virales, la question financière devient donc un point de vigilance majeur pour la santé mondiale. L’objectif d’élimination de la transmission du VIH d’ici 2030 reste atteignable, mais il dépend directement du maintien des engagements internationaux.