Google déploie Gemini dans les véhicules équipés d’Android Automotive, en remplacement de Google Assistant. La mise à jour atteint les voitures déjà commercialisées par mise à jour logicielle et s’adresse d’abord aux utilisateurs anglophones aux États-Unis, avant extension à d’autres marchés. Elle apporte la conversation libre, l’accès aux données du manuel constructeur et l’intégration aux messageries personnelles.
Android Automotive OS équipe aujourd’hui une trentaine de constructeurs dont Volvo, Renault, Jeep, Peugeot et Lotus. Le système tourne nativement dans le véhicule, sans dépendre d’un smartphone connecté, à la différence d’Android Auto qui ne fait que projeter le téléphone sur le tableau de bord. Google occupe ainsi une position de fournisseur de système d’exploitation embarqué pour une part croissante du marché automobile mondial, en concurrence avec CarPlay d’Apple et avec les solutions logicielles propriétaires que plusieurs constructeurs cherchent à préserver.
Le déploiement de Gemini marque une rupture par rapport au modèle de Google Assistant. Là où Assistant répondait à des commandes vocales prédéfinies, Gemini engage une conversation contextuelle permettant à l’utilisateur d’enchaîner des requêtes, de reformuler, d’interrompre et de reprendre sans repartir de zéro. L’activation passe par une connexion à un compte Google dans le véhicule, prérequis à la réception de la mise à jour depuis le tableau de bord.
Navigation, messages et musique en conversation libre
Gemini exploite l’intégration native d’Android Automotive avec Google Maps, YouTube Music et le système de commandes du véhicule. L’utilisateur peut demander un restaurant avec terrasse sur son trajet, recevoir des informations sur le trafic autour d’un stade, signaler un incident et répondre à un message avec son heure d’arrivée estimée, sans toucher l’écran. Une formulation ajustée en cours de dictée reste dans le flux conversationnel, sans obligation de repartir de zéro.
Gemini Live, disponible en bêta, ouvre une modalité complémentaire de conversation continue sans requête définie, pour apprendre des informations sur sa destination, explorer des idées ou enrichir le trajet de contenus informatifs. L’activation passe par un bouton dédié ou par la formule « Hey Google, parlons ». La conception priorise le mode audio avec une interface visuelle réduite pour limiter la sollicitation du regard.
Manuel constructeur intégré et données véhicule en temps réel
Google a travaillé avec les constructeurs partenaires pour intégrer les données de leur documentation technique dans la base de connaissance de Gemini. Le conducteur peut interroger l’assistant sur des questions propres à son modèle, comment programmer l’ouverture partielle du coffre ou préparer le véhicule pour un lavage automatique, et obtenir une réponse adaptée à sa configuration exacte. La couverture varie selon les marques et les modèles selon les accords conclus.
Pour les véhicules électriques, Gemini propose des informations en temps réel sur l’état de la batterie, l’autonomie résiduelle et la localisation des bornes de recharge via Google Maps. La requête « Trouve un chargeur à proximité de ma destination » déclenche une recherche cartographique intégrée, avec la possibilité d’enchaîner sur des questions relatives aux commerces à proximité de la borne. Google annonce pour les prochains mois l’extension de Gemini à Gmail, à Google Calendar et à Google Home depuis l’habitacle.
La voiture, terminal partagé que le modèle d’usage ignore
Le smartphone est un terminal personnel, protégé par un code, associé à une identité. La voiture regroupe des conducteurs multiples, des passagers de tous âges, des enfants et des adolescents. L’assistant vocal, relié à un compte Google, accède aux messages, à l’agenda, aux contacts. Lire à voix haute un résumé de messages personnels dans un espace partagé suppose une gestion des profils par occupant que l’annonce de Google ne précise pas.
Le modèle d’usage présenté par Google repose exclusivement sur le conducteur individuel. Les cas d’usage familiaux, covoiturage régulier ou apprentissage pendant le trajet, constituent pourtant un argument fort pour un assistant conversationnel embarqué. Ce potentiel suppose une architecture multi-profils que les systèmes actuels ne proposent pas. Pour les entreprises, un véhicule de fonction partagé entre plusieurs collaborateurs et connecté à un compte Google d’entreprise expose des données professionnelles à tout occupant de l’habitacle.
Cloud Act et enjeux pour les responsables de flotte
Gemini collecte des données de géolocalisation, de comportement de trajet, d’historique de requêtes et de contenu des messages résumés, qui transitent vers les serveurs de Google. Google est une entreprise américaine soumise au Cloud Act, qui autorise les autorités fédérales américaines à requérir l’accès aux données détenues par des entreprises américaines, quel que soit leur lieu de stockage physique. Cette exposition s’applique aux conducteurs européens au même titre qu’aux utilisateurs de Google Maps ou de Google Workspace.
Les DSI et responsables de flotte des entreprises dont les véhicules intègrent Android Automotive ont un chantier à anticiper. L’extension de Gemini à Gmail et à Google Calendar, annoncée pour les prochains mois, élargira le périmètre des données professionnelles accessibles depuis l’habitacle. L’alignement sur les obligations du RGPD en matière de traitement des données des collaborateurs appelle une évaluation d’impact sur la protection des données adaptée à ce nouveau type de terminal mobile.
