« Quelque chose pourrait se produire très bientôt — il y a une fenêtre d’opportunité pour la Russie », alerte Mika Aaltola, député finlandais. « Les États-Unis se retirent d’Europe, les relations transatlantiques sont en ruine, et l’UE n’est pas encore tout à fait prête à assumer seule ces responsabilités. »

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Si une offensive militaire directe contre un pays membre de l’OTAN reste peu probable, plusieurs experts privilégient plutôt des actions plus difficiles à attribuer juridiquement ou militairement.

Le facteur Trump, source d’incertitude

Mika Aaltola évoque ainsi « une incursion visant à créer une ambiguïté », afin de tester la réaction des alliés sans activer automatiquement les mécanismes de défense collective. « Cela pourrait être une opération de drones, une opération en mer Baltique… Cela pourrait être quelque chose dans l’Arctique, visant de petites îles. Ils disposent de la flotte fantôme, qui est déjà partiellement militarisée 5 (…) Une attaque de drones ne nécessite pas de troupes, elle ne nécessite pas de franchir la frontière », souligne-t-il au média américain.

L’attitude américaine est également au cœur des préoccupations européennes. Donald Trump a déjà qualifié l’OTAN de « tigre de papier » et pourrait réduire davantage l’engagement militaire américain sur le continent. Certains estiment donc qu’une action russe limitée pourrait ne pas entraîner de réaction forte de Washington. « S’il n’y a pas d’attaque transfrontalière, les États-Unis pourraient estimer que cela n’a pas une grande importance stratégique », analyse Mika Aaltola. « Leurs ressources sont mobilisées en Iran, ils pourraient donc conseiller des négociations avec la Russie. Et c’est précisément ce que la Russie tenterait de faire avec cela. »

Poutine pourrait « intensifier le conflit de manière horizontale contre un autre voisin, en essayant d’éviter une négociation humiliante avec l’Ukraine », a déclaré à POLITICO Gabrielius Landsbergis, ancien ministre lituanien des Affaires étrangères, qui a également mis en garde contre la « fenêtre d’opportunité » de Poutine.

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Mais tous les pays européens ne partagent pas le même niveau d’inquiétude. Les pays les plus exposés géographiquement, comme la Finlande ou la Lituanie, plaident pour un renforcement rapide des capacités de défense. À l’inverse, d’autres voix appellent à relativiser.

Le président estonien Alar Karis se veut rassurant : « La Russie est très occupée en Ukraine. Je ne pense pas qu’elle ait les capacités suffisantes pour tenter » une extension du conflit vers les pays baltes.

Pour les partisans d’une ligne plus ferme, minimiser la menace pourrait toutefois être une erreur stratégique : « C’est en fait la pire chose que l’on puisse créer dans des pays démocratiques », met en garde Mika Aaltola. « Nous devons allouer des ressources, et s’il y a un faux sentiment de sécurité, alors les ressources ne sont pas allouées à la défense. »

Ville Niinistö, autre responsable finlandais, insiste lui aussi sur la complexité de la situation : « La Russie n’est pas toute-puissante. Mais le désespoir est lui aussi dangereux. »

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Sans céder à la panique, les pays baltes restent sur leurs gardes : « On ne sait jamais. Et personne ne s’attendait à la guerre en Ukraine« , rappelle Alar Karis à POLITICO. « Nous sommes en alerte. Nous sommes prêts. Nous gardons les yeux ouverts. »