L’artiste canado-suisse Frédéric Cordier présente au Musée Jenisch Vevey (VD) jusqu’au 16 août sa première exposition personnelle en musée. ‘Mécanique du paysage’ invite le public à une exploration fascinante des paysages façonnés par l’activité humaine.

Loin des représentations idylliques de la nature, l’artiste Frédéric Cordier, formé à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), s’intéresse aux infrastructures industrielles, aux raffineries et aux gratte-ciel, des éléments souvent ignorés ou perçus comme banals par notre regard. « Je trouve que ce sont des paysages fascinants et inquiétants en même temps. Il y a comme une tension dans le paysage que je trouve très intéressante. Ce sont des paysages qui sont présents, mais qu’on finit souvent par ne plus regarder. Moi, je trouve qu’ils ont des qualités graphiques, une complexité, une densité. Dans mon travail, j’essaie de les rendre à nouveau visibles et de les mettre au centre de mes compositions », explique Frédéric Cordier dans le 12h30 du 29 avril.

Au Musée Jenisch de Vevey, l’exposition ‘Mécanique du paysage’ présente une dizaine d’œuvres monumentales, des linogravures vibrantes et très graphiques, principalement en noir et blanc. Ces paysages, bien qu’imaginaires, sont profondément inspirés des observations de l’artiste sur des sites industriels réels. Frédéric Cordier s’imprègne de l’atmosphère de ces lieux, prend des notes et enregistre des détails, qu’il réinterprète ensuite dans son langage graphique pour créer des compositions nouvelles et libres.

Burst, 2026, linogravure sur papier vélin d’Arches, 260 x 340 mm. [Musée Jenisch - Frédéric Cordier] Burst, 2026, linogravure sur papier vélin d’Arches, 260 x 340 mm. [Musée Jenisch – Frédéric Cordier]

Un élément récurrent et significatif dans les œuvres de l’artiste est le ciel, qui peut être sombre, nuageux, agrémenté d’une lune, de feux d’artifice ou de pluie: « C’est un point commun entre toutes ces gravures. (…) Ce qui est intéressant, c’est que cela permet d’apporter une ambiance particulière à chaque œuvre: un ciel calme, inquiétant, ou bien particulièrement joyeux », confie-t-il.

Observateur plutôt que militant

La technique de Frédéric Cordier est un mariage singulier entre tradition et modernité. Ses oeuvres débutent par des dessins manuels, qu’il retravaille ensuite numériquement avec un programme de dessin vectoriel pour affiner les détails et les compositions. Vient ensuite l’étape minutieuse de la linogravure, un processus qui peut prendre plusieurs mois pour chaque œuvre. Ce travail « presque méditatif, assez mécanique » fait écho au titre même de l’exposition.

Avec son travail, Frédéric Cordier se positionne comme un observateur du paysage plutôt qu’un militant, laissant libre cours à l’interprétation. « Ce sont des images qui sont très ouvertes, même si elles peuvent susciter des questions environnementales ou contemporaines. Moi, je n’ai pas de réponse à apporter à ces tensions, je les rends visibles », conclut-il.

Propos recueillis par Pauline Rappaz

Adaptation web: ld

‘Mécanique du paysage’, Frédéric Cordier, Musée Jenisch, Vevey (VD), jusqu’au 16 août 2026.