Sur cette île entre Sicile et Afrique, un dammuso, habitat rural, s’est métamorphosé en palazzo au jardin luxuriant.
C’est un minuscule palais baroque de 27 m², noyé au milieu des fleurs et des arbustes. Un palais où l’on vit dedans-dehors, entre les murs anciens d’un dammuso, construction typique et rurale de Pantelleria, et sur les terrasses qui servent de solarium, salle à manger, salon… L’endroit unique est l’œuvre d’Angelo Sensini. Né a Rome, il a grandi entre la capitale italienne et Florence, puis s’est établi à Paris, où il dirige Angelo Sensini Communication, agence de relations publiques experte du luxe. Cet esthète (qui collectionne depuis l’âge de 12 ans papillons et insectes naturalisés, mais aussi madones, anges, reliques et miniatures du XVIIIe siècle) n’avait pourtant jamais envisagé de mettre un pied sur ces 83 km² de terre italienne en Méditerranée, face à la Tunisie. Jusqu’à l’invitation, en 2013, de son amie Sciascia Gambaccini, rédactrice en chef internationale de l’édition italienne de Vanity Fair et ex-directrice de la mode du Vogue transalpin.
Entre l’Afrique et Turner
«J’avais toujours eu des a priori sur cette île, et c’est pourquoi je n’avais jamais eu envie de m’y rendre. Mais Sciascia y a une magnifique maison. Son invitation était l’occasion de juger directement…» Sa première nuit est marquée par une tempête qui va bousculer toutes ses idées préconçues. «Il y a eu un vent terrible. Je n’ai pas dormi. Et pourtant, je me sentais particulièrement bien. Le matin, j’ai décidé de visiter des maisons.» Un agent immobilier l’emmène voir un terrain. Le soleil se couche et embrase la mer, les montagnes. C’est une explosion rouge et or qui enflamme son cœur. «La lumière me faisait penser à l’Afrique toute proche, mais aussi aux tableaux de Turner. J’ai tout de suite signé.»
Il sait déjà qu’il va faire de cet hectare sauvage un jardin extraordinaire. «Petit, je passais quatre mois de l’année dans le jardin de la maison familiale de la région des Marches. Ma mère était folle de son potager, de ses plantes, et elle m’a transmis son engouement et son savoir-faire.» Il imagine sept terrasses entre les pentes, plante des oliviers, conserve les vignes, produisant chaque année 560 kg de raisins destinés aux vins rares de Gabrio Bini, bichonne ses câpriers… «J’avais à cœur de m’insérer dans cette nature, me concentrer sur les espèces indigènes, ne pas infliger à cette terre des choses qu’elle ne désirait pas. De façon globale, j’ai adopté l’esprit rustique de l’île et c’est aussi pour cela qu’elle m’a adopté.» Secondé par Giovanni Brignone, jardinier et vannier, il réussit à cultiver un écrin luxuriant en toutes saisons.
L’une des sept terrasses aménagées par Giovanni Brignone qui permettent de profiter de tous les points de vue sur l’île.
Sylvie Becquet
Confort, sophistication et… astuce
L’intérieur de la maison, l’un des plus vieux dammusi de l’île, se doit, bien sûr, d’être à la hauteur de ce merveilleux environnement. Aucun architecte ne fournissant à Angelo un projet correspondant à ses attentes, il s’attelle seul à la tâche de l’agencement, armé d’une règle et de papier millimétré. Il conserve des éléments telle la magnifique façade en pierres irrégulières, tout en concevant avec précision un véritable espace de vie dans ces volumes restreints. Il aménage ainsi une pièce de réception à la fois salon, bureau, une cuisine où l’on peut s’attabler et une chambre avec ses toilettes et sa salle d’eau attenante, véritable suite de luxe. Tout ici n’est que confort, sophistication et… astuce ! «Il a fallu penser à chaque meuble, tous devaient être à l’échelle de la maison», poursuit Angelo. Un petit lit en bois trouvé dans la rue à Paris devient le canapé ; la plupart des chaises dépareillées sont elles aussi des trésors glanés dans la capitale, tôt le matin, lors des promenades de Leoncino, son adorable bichon maltais, autre maître des lieux ; deux superbes portes anciennes décapées se transforment en portes de placard…
La chambre avec toilettes et salle d’eau attenante, véritable suite de luxe.
Sylvie Becquet
Il a fallu penser à chaque meuble, tous devaient être à l’échelle de la maison
Angelo Sensini
Un univers convivial
Dans ce décor, on remarque un tabouret Bishop d’India Mahdavi, dont la ligne contemporaine se marie avec un secrétaire équipé d’un tiroir secret trouvé sur eBay, des luminaires, pour la plupart chinés, positionnés avec soin dans des niches, entre les livres, pour diffuser un éclairage parfait, et, bien sûr, avec les collections d’Angelo. «Ce patrimoine que je conserve et que j’enrichis depuis mon adolescence a trouvé sa place ici. C’est très atypique car, à Pantelleria, en matière de déco, les gens aiment plutôt le bobo chic. Personnellement, je trouve les mélanges très beaux. Ils contribuent à créer une atmosphère cosy en hiver comme en été.» Un univers propice à la convivialité. «Il y a ici autant de vaisselle que si j’habitais 400 m² ! Pour la ranger, j’ai dissimulé des rangements partout, jusque sous les banquettes des terrasses.» La table étant une autre de ses passions, les repas rythment ses séjours à Pantelleria, souvent à l’extérieur, sous l’auvent en canisses construit dans la continuité de la maison qui donne sur la montagne, ou bien à proximité de la cuisine d’extérieur, protégée par les jardinières d’aromates et les cactus en pots. On boit également un verre, sur une plateforme, enfoncés dans les sofas verts pour regarder le soleil tomber dans la mer. «Tous ces petits coins permettent de se protéger du vent, de profiter des différents points de vue, de l’ombre, du rythme des journées…»
De l’entrée de la maison, vue sur une petite terrasse et plus loin sur la végétation indigène.
Sylvie Becquet
Tous ces petits coins permettent de se protéger du vent, de profiter des différents points de vue, de l’ombre, du rythme des journées…
Angelo Sensini
Ci-dessus : bleu, vert, rouge…, chaque terrasse a sa couleur, son mobilier spécifique.
Sylvie Becquet
Un parfum d’enfance
Le temps passe, et Angelo Sensini ne se lasse pas de son paradis, entreprenant de nouveaux chantiers comme un dammuso modèle réduit pour Leoncino, une cabane de jardin camouflée… «Je me suis attaché à cette île. J’y ai retrouvé quelque chose de mon enfance chez les marchands de pain, entre les boîtes de sardines et les bocaux de bonbons, dans l’odeur de lessive…», ajoute celui qui, chaque fois qu’il pose un pied ici, songe aux vers d’Infinito, poème de Giacomo Leopardi : «Mais assis là, à contempler les espaces infinis au-delà, le silence surhumain et la quiétude profonde, je m’imagine dans mes pensées un endroit où, pour un instant, mon cœur ne s’effraie pas.»
La maison d’Angelo Sensini se loue de façon très exceptionnelle. Contact : instagram.com/leoncinosensini