Son parcours de vie
Jusqu’alors apparu fermé et regard baissé, Paolo Falzone se lève, regarde la cour et se montre volubile. D’une voix posée, il évoque sa famille soudée, ses origines italiennes et son attachement à ses parents, son papa malade et sa mère très présente dans sa vie. Peu investi à l’école, il s’oriente vers la maçonnerie sans poursuivre, puis enchaîne divers emplois, notamment voiturier et chauffeur-livreur, développant un goût marqué pour les voitures et la conduite.
Ses relations amoureuses, décrites par plusieurs ex-compagnes, dressent le portrait d’un homme très attaché à sa voiture, parfois colérique et adepte de la vitesse. Il reconnaît certains comportements mais en conteste d’autres.
Titulaire du permis de conduire depuis 2006, il a écopé de plusieurs amendes pour diverses infractions au code de la route : ceinture non bouclée, vitesse inadaptée, ivresse au volant… Il a été déchu de son permis à plusieurs reprises, devant repasser son permis de conduire à plusieurs reprises.
Son bébé devient sa petite bombe
En mai 2019, il prend possession de la BMW, louée via la société de sa mère. Il s’agit d’un véhicule haut de gamme très bien équipé, qu’il entretenait lui-même, était décrit par son entourage comme « son bébé ». Il semblait très ému, selon ses parents, quand il a conduit cette voiture pour la première fois. Dans la foulée, il commet encore d’autres infractions en matière de roulage avec cette voiture, roulant à plus de 100 km/h dans des zones limitées à 50 km/h. « Je me sentais supérieur, je me sentais invincible », dit-il.
Il reconnaît avoir alimenté, à plusieurs reprises, ses réseaux sociaux pour partager ses excès de vitesse et sa conduite dangereuse. Nonante-sept vidéos de son véhicule, dont la puissance a été gonflée, ont été diffusées entre sa prise en main et l’accident. Son « bébé » est devenu « sa petite bombe ».
Il se filme en fumant un joint, en buvant une canette de whisky et roulant à très grande vitesse. « Je n’étais pas conscient du danger à ce moment-là », dit-il. Selon plusieurs voisins, Paolo mettait en danger la vie de leurs enfants en roulant très vite dans le quartier. Il regrette d’avoir compris cette dangerosité après le drame et pas avant. Il recherchait alors « un sentiment d’être au-dessus des autres ».
Des regrets aujourd’hui, la vitesse jadis et notamment lors de cette nuit du 20 mars 2022 quand il a fauché le cortège des Gilles à plus de 170 km/h. Il fait six morts et des dizaines de blessés.
Les yeux sur le téléphone
Cette nuit-là, Paolo Falzone consomme « deux ou trois » verres de whisky dans une discothèque près de Mons. « On devait prendre la voiture d’Antonino, mais elle n’était pas en ordre de contrôle technique », explique-t-il. Sur le chemin du retour vers La Louvière, il accélère fortement, sans porter sa ceinture de sécurité, une mauvaise habitude chez lui. La BMW traverse l’agglomération de Maurage à vive allure et se dirige vers la rue des Canadiens à Strépy-Bracquegnies, où le cortège des Gilles vient de sortir.
À l’intérieur du véhicule, du rap résonne. La voiture s’arrête brièvement, environ deux minutes. Paolo enclenche le mode sport, monte le volume au maximum, allume le plafonnier pour enregistrer une story « et impressionner mes abonnés ». Puis il repart. Selon ses dires, Antonino est alors réveillé.
« J’ai voulu faire une story, je roulais à une vitesse complètement excessive »… Un lourd silence s’installe dans la salle. Il s’engage ensuite dans la rue des Canadiens, à proximité du domicile familial, où la vitesse est limitée à 50 km/h. Il reconnaît qu’un accident aurait pu s’y produire.
La route est droite, bien éclairée. D’après l’expert, le cortège était visible à près de 200 mètres. Malgré la présence de plusieurs îlots directionnels, il pousse son véhicule à plus de 170 km/h, maintenant l’accélérateur enfoncé jusqu’à trois secondes avant le premier impact. À cet instant, il ne regarde pas la route, mais son téléphone. Il est 5 h 05 et 38 secondes. L’horreur se déchaîne. Les expertises sont accablantes, dépassant la notion de simple accident. « Vous avez décidé d’accélérer face à un mur de piétons », lance la présidente.
Paolo pleure
Le lundi 4 mai 2026 à 17 h 04, Paolo Falzone craque. En larmes, il déclare : « J’ai fait trop de mal autour de moi ». Il affirme avoir freiné de toutes ses forces, « avec les deux pieds ». Deux corps ont traversé le pare-brise. Un gille se retrouve sur le capot, puis chute. La BMW redémarre et roule sur le pauvre Frédéric D’Andrea, avant de s’arrêter un kilomètre plus loin. Paolo Falzone déclare qu’il n’a rien vu, ni rien senti, mais il a entendu un bruit, comme si sa voiture avait perdu quelque chose.
Il confie avoir été profondément choqué par les images : six morts, de nombreux blessés. Une scène apocalyptique, comme une guerre, et des victimes qui souffrent encore aujourd’hui. Il assure ne pas avoir imaginé la présence de piétons sur la route. « Jamais je n’ai voulu tuer quelqu’un, je le jure ».
Il ajoute qu’il ne veut plus entendre parler des voitures et du permis de conduire.