Les débats se sont ensuite tournés vers la soirée du 19 mars. Les deux accusés avaient passé la nuit dans une discothèque de Quévy, où ils sont arrivés à 23h54 avant de repartir à 4h15. À bord de la voiture, la musique était diffusée à très haut volume, comme en atteste une vidéo versée au dossier et diffusée à l’audience. « Il ne faut pas être cardiaque », a commenté la présidente avec ironie.
Au même moment, la région du Centre célébrait ses carnavals. À Strépy, les Gilles renouaient avec la tradition après deux années d’interruption liées à la pandémie de Covid-19. L’événement avait été largement annoncé, tant par voie d’affichage que dans la presse locale. Au petit matin, les différentes sociétés de Gilles entamaient leur ramassage. Six groupes étaient présents dans le village, dont celui des Boute-en-train, rassemblé dans la salle omnisports de la rue Saint-Julien.
Musiques différentes
Sur les images diffusées à l’audience, les Gilles apparaissent en pleine danse sur la voie publique, accompagnés de musiciens et de sympathisants. Le cortège, fort d’environ 150 personnes, occupait l’ensemble de la chaussée. Quelques minutes avant le drame, tambours battants, l’ambiance est encore festive.
Parmi les participants figure Frédéric D’Andrea, qui avait revêtu son costume de gille pour la première fois depuis une vingtaine d’années. Une photographie le montre au moment de s’habiller chez un ami, qui l’avait préparé avec soin.
Le cortège était emmené par le plus jeune membre du groupe, un homme d’une vingtaine d’années. À 4h19, des chandelles romaines sont allumées, marquant un moment clé de la célébration.
La fête bascule dans l’horreur
Moins d’une heure plus tard, à 5h05, la fête bascule dans l’horreur. La BMW conduite par Paolo Falzone percute le cortège carnavalesque, fauchant plusieurs participants. Le bilan est lourd : six morts et des dizaines de blessés. Le véhicule ne s’immobilisera qu’un kilomètre plus loin, rue Aubry.
Alertés par une série d’appels, les policiers de La Louvière, en fin de service de nuit, comprennent rapidement la gravité de la situation. « Je me rends compte qu’on est sur quelque chose de grave », témoigne l’un d’eux. « On nous parle d’un carnage, d’un véhicule en fuite, une BMW noire. Certains évoquent même un attentat terroriste. » Des renforts sont immédiatement sollicités, tant auprès de la police fédérale que des zones voisines.
Paolo au téléphone avec sa maman
Un premier policier arrive sur les lieux à 5h19. D’autres équipes se dirigent vers la rue Aubry, où le véhicule a été localisé. Sur place, les agents identifient Paolo Falzone à proximité de la voiture, tandis qu’Antonino Falzone se tient sur le trottoir opposé. « Paolo était au téléphone avec sa mère et lui disait qu’il avait fait une connerie. Il semblait absent. Mon collègue a dû hausser le ton pour qu’il raccroche. Il a reconnu être le conducteur et avoir pris la fuite par peur », relate un policier. Ce dernier confirme que Paolo est alors revenu à lui, lui demandant de l’abattre.
Les premières constatations sont particulièrement éprouvantes : deux victimes sont retrouvées sur le capot et à travers le pare-brise du véhicule. Une femme, encore en vie, parvient à échanger quelques mots avec une policière, indiquant se prénommer « Fifa ». Pendant ce temps, les deux suspects sont interpellés et menottés.
Un autre policier a tiré le corps de Salvatore Imperiale de l’auto. Il était décédé. Le policier ne se souvient pas d’avoir vu le pied de la victime.
Un périmètre de sécurisation judiciaire est établi.
Alors que les deux suspects se trouvent dans le véhicule de police, endormis, le père de Paolo Falzone arrive sur les lieux, dans un état de grande agitation, selon les témoignages. Le policier est obligé de sortir sa matraque télescopique pour le dissuader de passer.
La suite plus tard …