Même si le choix opéré par l’équipe austro-allemande peut surprendre, il tient la route. Remco Evenepoel a, en effet, beaucoup roulé depuis le début de l’année (NdlR : il compte 25 jours de course) et les différents examens passés après Liège-Bastogne-Liège – dont il a pris la troisième place – ont montré qu’il a déjà puisé dans ses réserves. » On peut avoir l’impression, de l’extérieur, que faire une croix sur l’ancien Dauphiné constitue une prise de risque dans l’optique de la course la plus prestigieuse de l’année, mais je ne le pense pas, estime Marc Sergeant, l’ancien dirigeant de Lotto. Remco fait partie de ces coureurs capables d’aller très loin dans l’effort à l’entraînement. En général, il est toujours très bon après un stage en altitude. » Il l’effectuera avec Florian Lipowitz, troisième de la Grande Boucle l’été dernier. Et ils se partageront le leadership durant le Tour. Selon nos informations, les deux coureurs, qui apprennent à se connaître depuis cet hiver, s’entendent très bien.
En zappant la course française, Evenepoel va, donc, changer d’approche. « Cela peut paraître surprenant, nous glisse notre consultant Axel Merckx. C’est en tout cas une dernière ligne droite peu conventionnelle, mais ils ne changent pas le programme des uns et des autres juste pour le plaisir. »
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L’objectif, en privilégiant l’entraînement et le travail spécifique à la compétition est de rendre Evenepoel mieux armé pour la Grande Boucle. « En optant pour une préparation différente, Ralph Denk et son équipe veulent tenter quelque chose d’inhabituel, poursuit le médaillé de bronze des JO 2004. Je pense qu’ils ont l’intention de marquer le coup et qu’ils aspirent à ce qu’Evenepoel se déleste de quelques kilos avant le Grand Départ de Barcelone. »
Une constante depuis l’arrivée de Remco Evenepoel chez Red Bull-BORA-hansgrohe : le Brabançon adapte son calendrier en fonction de son état de forme ou de ses besoins. En début de saison, il avait, ainsi, ajouté à son programme l’UAE Tour, après avoir remporté celui de Valence. Passons la Flèche Wallonne, à laquelle son équipe n’avait jamais prévu qu’il prenne le départ, sa participation de dernière minute au Tour des Flandres avait montré que le triple champion du monde du contre-la-montre peut se montrer flexible. « Il est toujours l’un des animateurs des courses dont il prend le départ », précise Merckx.
Ralph Denk et sa troupe le voient comme bien plus qu’un acteur lambda. Ils espèrent que si le duo qu’Evenepoel formera au Tour avec Lipowitz fonctionne, il présentera une menace pour les candidats au maillot jaune. « Je trouve que Remco, avec le statut qui est le sien, devrait pouvoir établir lui-même son calendrier. Mais ce n’est peut-être pas plus mal, finalement, que le staff qui le couve au quotidien le freine un peu. Parce que si ça ne tenait qu’à lui, je pense que Remco roulerait encore davantage. » Le coureur reste tellement accroché à son rêve de gagner le Tour de France qu’il essaye de trouver le juste équilibre entre ses désirs et les décisions rationnelles prises par son équipe.