À cette différence d’âge s’ajoute parfois une méconnaissance des univers fréquentés par les jeunes. Les parents n’ont pas grandi avec les mêmes outils, les mêmes références ni les mêmes pratiques numériques. « Certains parents s’étonnent que des jeunes puissent être autant investis ou passionnés dans les jeux vidéo. Ils ignorent qu’au-delà du jeu, c’est tout un univers et un environnement qui existe. Il y a des communautés en ligne, des fans, des produits dérivés… Tout cela dépasse les frontières de la console ou de l’ordinateur. C’est un vrai phénomène culturel qui échappe réellement aux parents », analyse Maurice Johnson-Kanyonga, psychothérapeute et expert en éducation, spécialiste du développement de l’enfant et de l’adolescent.

Lulzime et Samira bientôt exclues du chômage : “J’ai pensé au loyer, aux factures, aux activités des enfants… Mon rêve s’est brisé”Par rapport à votre enfance, avez-vous l’impression que les activités entre ce que vous faisiez enfant, et ce que vos enfants font, ont radicalement changé?

J’ai plus de souvenirs de mes secondaires que de mes primaires. Nous habitions une rue fort fréquentée mais nous marchions jusqu’au bout de la rue vers une école et le ravel où nous pouvions faire du roller, du vélo mais avec l’un de nos parents ou autre adulte. Mes parents ne nous laissaient pas seuls dehors, pas en primaire en tout cas. Nous allions beaucoup dans les plaines de jeux/piscine aux Bois des Rêves, les plaines de jeux couvertes en cas de mauvais temps. A l’heure actuelle, je pense que les parents ont plus peur de ce qui pourrait se passer et laisse moins de liberté aux enfants. On entends plus de choses aujourd’hui même si je pense qu’il y a toujours eu mais qu’on en parle peut-être plus.

Dans certains cas, est-ce que la « fracture » parents/ado est moins forte qu’avant? Pour les réseaux sociaux, les parents y sont souvent également, et ils peuvent avoir des sujets communs avec leurs enfants…?

Certes les réseaux sociaux sont autant chez nous que chez eux. Nous sommes sur Instagram et Facebook ce qu’elle n’a pas mais au début elle a commencé avec Tik Tok et nous avons rapidement supprimé car cela devenait ingérable et son comportement avait fort changé. Nous avons autorisé snapchat mais uniquement avec les copains/copines d’école et avons accès à son téléphone et codes (mon ancien qu’elle a pu récupérer et uniquement avec WIFI dans la maison et elle ne peut l’utiliser que le mercredi et le week-end). Je vérifie de temps en temps ses contacts pour être sûre sans lire ses conversations. C’est un sujet qui est presque abordé chaque jour, nous regardons parfois des vidéos drôles ensemble et c’est aussi l’occasion de rappeller constamment les risques, dérives et règles importantes. Je pense que nous avons un bon lien de confiance avec elle et que nous pouvons aborder tous les sujets possibles, nous sommes ouverts à la discussion et elle sait qu’elle peut nous parler de tout sans tabous.

Vacances de printemps : “Les jeunes perdraient leur temps sur les réseaux sociaux… C’est précisément l’idée que notre enquête bouscule”Les adultes ont-ils toujours eu tendance à juger la jeunesse plus fragile, plus dangereuse ou plus ingérable que celle d’avant?

Je pense oui, j’ai l’impression d’entendre qu’à chaque nouvelle génération c’est de pire en pire… J’ai surtout l’impression que nos enfants et ados de nos jours n’ont plus rien de le droit de faire. Et après on se plaindra qu’ils sont tous sur leurs écrans. On fait des restaurant, hôtel, places de train sans enfants… dès qu’ils font trop de bruit dehors on leur demande de se taire, ils sont tous TDAH à entendre certains dès qu’un enfant bouge un peu…

Je pense surtout que l’on juge trop vite mais je pense que les adultes l’ont toujours fait finalement… On oublie parfois l’enfant qu’on a été et qu’un enfant est un enfant, qu’il garde cette insouciance le plus longtemps possible, la vie est déjà assez compliqué et certains doivent survivre de nos jours.