Néanmoins, ce chiffrage doit être pris avec des (très grosses) pincettes. En effet, le rapport précise que le calcul exclut « les coûts liés à la mise en conformité avec les exigences réglementaires actualisées ». Le Radiant Energy Group ne tient donc pas compte des investissements à réaliser pour mettre les réacteurs en conformité avec les normes de sûreté nucléaire mises en place après la catastrophe de Fukushima.

Pourquoi maintenant ?

Pour rappel, la catastrophe de Fukushima a eu lieu en 2011. Pourquoi, dès lors, faut-il appliquer les normes post-Fukushima plus de 15 ans après la catastrophe ?

Démantèlement nucléaire : Tihange 1 proche de la phase de non-retour

Premièrement, Wenra, l’Association des autorités de sûreté nucléaire des pays d’Europe de l’Ouest, a adopté les normes post-Fukushima en 2014, trois ans après l’accident nucléaire.

Deuxièmement, la Belgique n’a transposé ces nouvelles normes qu’en 2020 dans sa législation.

Troisièmement, cette transposition ne signifiait pas que les réacteurs belges devaient immédiatement appliquer les nouvelles normes. En effet, la réglementation prévoit qu’il faut vérifier, à chaque anniversaire décennal d’un réacteur, s’il est en conformité avec les dernières normes.

Or, pour Doel 3 et Tihange 2, le dernier anniversaire décennal, 40 ans en l’occurrence, n’a respectivement eu lieu qu’en 2022 et 2023. Pour Doel 1, Doel 2 et Tihange 1, le dernier anniversaire décennal, 50 ans en l’occurrence, n’a eu lieu qu’en 2025. Ce n’est donc que depuis 2022, 2023 et 2025 que les cinq réacteurs nucléaires belges déjà arrêtés sont soumis aux nouvelles normes de sûreté nucléaire.

Quel coût ?

Rappelons que Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 ont déjà cinquante ans de service à leur actif. En ce qui concerne Doel 3 et Tihange 2, ils n’ont que quarante années d’exploitation à leur actif. Mais la cuve de leur réacteur a été touchée par des défauts dus à l’hydrogène, les fameuses microfissures.

Prolongation des vieux réacteurs nucléaires : le gouvernement envisage de mettre Engie hors-jeu

Le Radiant Energy Group évoque donc un coût pouvant aller jusqu’à 4,1 milliards d’euros, rien que pour une « remise en état de fonctionnement de chaque réacteur dans sa configuration existante ». En ajoutant les coûts de mise en conformité avec les nouvelles normes de sûreté nucléaire, la facture pourrait donc aller bien au-delà de 4,1 milliards d’euros. Mais jusqu’à quel niveau ? On ne sait pas.

Toutefois, Febeliec, la fédération des industriels belges qui consomment beaucoup d’énergie, n’est pas effrayée par le coût d’une prolongation nucléaire. Selon Febeliec, même si le coût de la relance des cinq réacteurs s’élevait à 7 milliards d’euros, cela resterait rentable.

Des normes revues à la baisse ?

Par ailleurs, le gouvernement pourrait aussi être tenté d’abaisser les normes de sûreté nucléaire, pour réduire le coût de la prolongation. Mais il n’est pas certain que ce soit juridiquement possible.

Comme nous l’a récemment expliqué une source, le principe du standstill environnemental interdit aux autorités de revoir à la baisse les normes de protection de l’environnement.

Néanmoins, une solution pourrait être de maintenir les normes de sûreté nucléaire, mais de prévoir un régime transitoire au cours duquel elles ne seraient pas appliquées. Une entourloupe en quelque sorte…

Il faudrait aussi vérifier à quelles conditions l’État belge pourrait emprunter une telle somme d’argent. D’autant plus que le capital investi ne devrait rien rapporter dans les premières années, le temps de réaliser les travaux de prolongation des réacteurs.

Doel 4 et Tihange 3 respectent les normes

La prolongation de Doel 4 et Tihange 3, qui a été décidée par le gouvernement De Croo, a été réalisée en respectant les normes de sûreté post-Fukushima.

Jusqu’à présent, un coût compris entre 1,6 et 2 milliards d’euros a été évoqué pour la prolongation des deux réacteurs. Notons que ces deux réacteurs appartiennent à la génération 2 du nucléaire.

Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 appartiennent, eux, à la génération 1 du nucléaire. A priori, la mise en conformité de ces trois réacteurs devrait donc coûter plus cher que celle de Doel 4 et Tihange 3.

Pour Doel 3 et Tihange 2, les défauts dans la cuve pourraient rendre plus complexe une relance.