Mais la société ne l’entend pas de cette oreille, puisqu’un recours avait été introduit par cette dernière auprès de la Région wallonne. En novembre dernier, le ministre donnait sa réponse. Ce faisant, il commuait la réalisation des travaux de la place de Saint-Denis à une compensation de 500 000 euros, et diminuait de moitié les plantations envisagées. Ce qui ne satisfait pas la ville de Mons, qui sollicite désormais l’intervention du médiateur de la Région wallonne.

« Nous estimons que oui, la construction d’une tour 1,5 fois plus haute que le beffroi aurait un impact durable sur la population, sur le cadre de vie des Montois, ce qui justifie l’imposition de charges urbanistiques, qui nous paraissent d’ailleurs très raisonnables », explique Maxime Pourtois (LB), échevin en charge de l’urbanisme. « Sur base du recours introduit par Holcim, le ministre motive sa décision et transforme les charges imposées en 500 000 euros et 700 arbres. Ce que nous regrettons, car si certaines villes et communes imposent des charges urbanistiques sous forme d’argent, à Mons, nous faisons le choix d’appliquer l’esprit du CODT, avec des charges en nature, et donc plutôt des aménagements. »

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Le collège communal estime que la décision du ministre va à l’encontre de cette philosophie, et sollicite le médiateur pour espérer obtenir gain de cause. « Nous ne demandons pas d’argent, nous demandons que l’impact visuel du projet soit en quelque sorte compensé par d’autres aménagements utiles à l’intérêt public. Cette tour, même si elle est nécessaire, est un véritable coup de poing dans le paysage montois », insiste l’échevin.

Soutenir l’activité économique… mais « pas à n’importe quel prix »

Pour le bourgmestre, il est primordial qu’Holcim, qui bénéfice d’importantes aides publiques pour mener à bien son projet de décarbonation, joue le jeu et accepte ces charges urbanistiques. « Nous espérons que chacun pourra nous soutenir dans notre démarche : Nous soutenons l’activité économique, mais pas n’importe comment et pas à n’importe quel prix. La ville de Mons ne doit pas se taire, ne doit pas se mettre à plat ventre au nom du développement économique alors que les répercussions pour la population sont bien réelles. »

Une façon, pour le bourgmestre, de répondre à Georges-Louis Bouchez (Mons en Mieux) qui considère toujours ces charges urbanistiques comme une forme de racket. « Tout ce que vous allez gagner, c’est que la direction d’Holcim décide d’investir ailleurs car en Belgique, et singulièrement à Mons, tout est plus compliqué et on leur fait comprendre que l’on ne veut pas d’eux », estime le réformateur. « Lorsque l’on demande à une société de refaire une place qui est située à plusieurs kilomètres de son site, cela équivaut à lui faire acheter son permis ! Cette façon de traiter les investisseurs est déplorable, plus encore lorsque l’on sait que le projet porté par Holcim est pris en exemple et que les aides publiques qui lui sont apportées le sont parce que c’est le pouvoir politique qui impose une décarbonation des activités ! »

Convaincu que la ville de Mons fait fausse route en imposant des charges urbanistiques, l’élu de l’opposition évoque les conséquences de ce genre de demandes. « Vous envoyez un très mauvais signal aux entreprises qui souhaitent s’implanter chez nous. Ce qu’on leur dit, c’est ‘si vous voulez venir à Mons, venez mais il faudra peut-être rénover la place du village voisin’. Comme si voir une haute cheminée sur une place flambant neuf permettait d’apaiser les cœurs. »

Le collège communal n’entend pas faire marche arrière et rappelle que l’imposition de charges urbanistiques est autorisée partout, à Mons comme ailleurs, « y compris dans les régions libérales. » Reste donc à voir quelle sera la position du médiateur wallon.