Dès le mois de décembre 2023, le New York Times révélait l’existence d’un document du groupe palestinien dont les services de renseignement israéliens auraient été en possession bien avant l’attaque. Y était décrit le plan d’une offensive similaire à celle perpétrée le 7 octobre. Pourtant, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a systématiquement refusé l’ouverture d’une enquête sur les responsabilités potentielles de son gouvernement dans la mort de 1 221 Israéliens, repoussant ce processus à « après la fin de la guerre ».

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Engagé sur plusieurs fronts — Iran, Liban, Gaza et Cisjordanie occupée —, l’État hébreu n’est depuis lors jamais sorti de cet état de guerre. Les questions relatives au 7 octobre restent donc en suspens, au désespoir des familles de victimes. « Vous n’avez pas le droit de ne pas mettre en place une commission d’enquête. Il s’agit là d’un acte extrême qui nous vaudra un nouveau massacre, et le sang des victimes sera sur vos mains dans les annales de l’histoire », écrivait en janvier le Conseil d’Octobre, un collectif de proches de victimes.

Pour Barak Medina, ce refus n’a rien de surprenant : « Ils ont peur qu’une telle enquête tienne le Premier ministre ou d’autres politiciens responsables de l’échec à empêcher le 7 octobre ou d’une mauvaise conduite de la guerre à Gaza. Ils sont en plein conflit d’intérêts. » En janvier 2026, 55 % des citoyens sondés par l’Institut israélien de la démocratie (IDI) souhaitaient pourtant l’ouverture d’une commission d’investigation.

Au moins quatre pétitions ont été adressées à la Haute Cour, dont les magistrats enjoignent le gouvernement à instaurer une commission dirigée par des juristes indépendants. En réponse, l’exécutif nie la compétence de la Cour à imposer une telle décision et tente, via la Knesset, d’établir un organe d’investigation composé de personnalités politiques. En décembre 2025, un projet de loi a ainsi été approuvé en première lecture pour créer une commission d’enquête « politique », offrant à la coalition un contrôle quasi total sur le choix de ses membres. « Ce n’est bien sûr pas au gouvernement de décider quels sont les pouvoirs de la Cour suprême », tranche Barak Medina.

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Le 23 avril dernier, la Cour suprême a accordé un délai supplémentaire de deux mois au gouvernement. L’un des juges, Noam Sohlberg, a même suggéré d’attendre le lendemain des élections de 2026. « Peut-être serait-il préférable de laisser cette tâche au [prochain] gouvernement », a-t-il avancé. Simple prudence ou signe de faiblesse ? Aux yeux de Barak Medina, la Cour préfère « choisir ses batailles » dans un climat où le gouvernement pourrait contester l’issue du prochain scrutin. La priorité absolue reste la protection des contre-pouvoirs, comme l’illustre l’invalidation par les juges du limogeage la procureure générale Gali Baharav-Miara, décidé par le cabinet Netanyahou en 2025. « La Cour est sous pression et n’a, par conséquent, pas rempli son rôle concernant la guerre à Gaza », analyse toutefois Barak Medina.

Fait rarissime, plusieurs audiences sensibles se sont tenues à huis clos ces dernières semaines. Uriel Abulof, professeur de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv, voit de son côté dans ce choix d’organiser des audiences non publiques « un signe de peur » et une « tentative des juges de rester à flot au milieu d’une tempête ».

Pour ces experts, l’enjeu dépasse le cadre judiciaire. Face aux attaques verbales de ministres d’extrême droite qualifiant la procureure de « criminelle », l’inquiétude grandit. « Si cette coalition gagne les prochaines élections, nous sommes condamnés du point de vue de la démocratie et du système judiciaire », conclut Barak Medina.