De plus en plus d’entreprises proposent le budget mobilité à leurs travailleurs
À l’heure actuelle, le budget mobilité n’est pas généralisé, mais le gouvernement prévoit de l’étendre. À partir de 2027, tout employeur occupant au moins 50 travailleurs sera tenu de proposer le budget mobilité à ses travailleurs ayant droit à une voiture de société. Les travailleurs restant totalement libres d’opter ou non pour le budget mobilité. Pour l’année 2026, le budget mobilité doit être compris entre 3233 euros et 17 244 euros.
Un mécanisme dévoyé
Mis en place à l’origine pour favoriser la mobilité douce, le budget mobilité est toutefois de plus en plus utilisé par les travailleurs pour payer leur loyer ou rembourser leur emprunt hypothécaire. Selon une analyse des données de paie de Partena Professional (spécialiste des ressources humaines) sur les années 2023 à 2025, les travailleurs qui choisissent une alternative hors du pilier 1 (voiture de société moins polluante) consacrent (si l’on ne tient pas compte du versement d’un solde en fin d’année) plus de 90 % de leur budget à leur logement et non à la mobilité douce (transports publics, vélo ou solutions de partage).
À partir de 2027, le budget mobilité sera systématiquement proposé
Katty Kerkhofs, expert juridique chez Partena Professionnal : « Avec le temps, le budget mobilité a été modifié pour convaincre davantage de gens d’abandonner leur véhicule de société. Au début, le logement devait se trouver à moins de 5 km de l’entreprise, puis c’est passé à 10 km. Et avec le télétravail, la distance moyenne entre logement et lieu de travail a diminué. De plus en plus de gens ont donc eu la possibilité de choisir cet avantage. Et comme le montant perçu dans le pilier 2 est un montant net, il constitue un très gros avantage. »
Cela a pu générer un effet d’aubaine chez des gens qui habitaient déjà près de leur travail et qui n’avaient jamais eu de véhicule de société auparavant. « Et c’est précisément là que l’équilibre s’est progressivement perdu : d’un côté, les coûts liés au logement ; de l’autre, les formes de mobilité alternative. Ce que le gouvernement entend aujourd’hui faire, c’est rétablir cet équilibre, affirme la juriste. Le budget mobilité doit aussi servir à favoriser une mobilité plus écologique. »
Gare au choc !
Le Conseil national du travail (CNT), organe composé paritairement de représentants des employeurs et des syndicats, partage la même opinion. Dans un récent avis, le CNT « estime nécessaire de limiter le financement des frais de logement à maximum 50 % du budget mobilité », afin de « garantir l’utilisation effective du budget mobilité à des fins de mobilité et non comme instrument d’optimisation salariale ». Cela permettrait en outre « d’éviter des retombées négatives sur le marché du logement. En effet, sans cet ajustement, pour un groupe de travailleurs considérable, le budget mobilité risque d’être assimilé à un pouvoir d’achat supplémentaire servant à payer leur loyer ou leur emprunt hypothécaire. Dans un marché du logement qui est déjà sous pression, cela conduirait inévitablement à une hausse des prix des loyers et de l’immobilier. »
Entre le domicile et le lieu de travail, la voiture reste incontournable
Si elle juge nécessaire, elle aussi, de réorienter le budget mobilité, Katty Kerkhofs estime cependant que l’option proposée par les partenaires sociaux pourrait constituer un choc. « On est aujourd’hui à 90 % du budget consacré au logement. Fixer un plafond de 50 % aura un grand impact sur le budget des ménages. Et alors, les travailleurs choisiront peut-être de reprendre une voiture de société. » Et de suggérer au gouvernement, plutôt que de limiter le montant que l’on peut consacrer au logement, « de rendre plus stricts les critères pour pouvoir utiliser son budget mobilité pour ses frais de logement ».