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Mathilde Carnet

Publié le

6 mai 2026 à 6h16

Depuis septembre 2025, la Grande Pharmacie du Neubourg (Eure) propose un nouveau service face à la pénurie de spécialistes. Au fond de l’officine, dans la salle habituellement dédiée aux vaccinations ou aux semelles orthopédiques, il est désormais possible d’obtenir une téléconsultation dermatologique.

Consultation à distance

Avec ou sans prise préalable de rendez-vous, il suffit de se présenter à l’accueil pour être pris en charge. Sur place, plusieurs préparateurs en pharmacie ont été formés pour réaliser les consultations.

Christine, l’une d’entre eux, nous explique le déroulement. D’abord, un questionnaire médical est complété : identité du patient, âge, antécédents, traitements en cours ou encore date de la dernière consultation dermatologique.

Ces informations permettent de constituer un dossier complet avant transmission. Ensuite, elle se sert d’un kit spécifique : un dermatoscope (sorte de grosse loupe professionnelle) et un smartphone permettant de photographier les lésions suspectes.

La consultation repose sur la prise de trois clichés précis d’une même zone : une photo à distance, une de près, et une très rapprochée, objectif collé à la peau. Les motifs de consultation sont variés, mais concernent souvent des grains de beauté, des rougeurs ou des plaques cutanées.

Skinmed pharmacie le Neubourg
La pharmacie remplit un questionnaire et envoie les photos pour qu’elles soient analysées par un dermatologue. ©Mathilde CarnetUn diagnostic en moins de 72 heures

Une fois les données recueillies, la pharmacie se connecte à la plateforme Skinmed, entreprise française de matériel médical. Les clichés et informations sont envoyés à un réseau de dermatologues partenaires, qui rendent leur analyse sous 72 heures maximum (lire l’encadré ci-dessous).

L’intelligence artificielle au cœur du processus

Skinmed est une jeune entreprise de Dordogne. Son dispositif vise à raccourcir les délais de prise en charge et fluidifier le parcours de soins grâce à la technologie.

En quelques minutes, les images des grains de beauté ou des zones suspectes sont d’abord analysées par intelligence artificielle, avant d’être transmises à des dermatologues partenaires. Grâce à une importante base de données d’images dermoscopiques, l’IA est capable de détecter et de classer avec une forte fiabilité les lésions à risque.

Cependant, l’analyse finale reste sous contrôle médical : le dermatologue valide les résultats, évalue le niveau de danger et détermine le degré d’urgence.

La plateforme met en avant la rapidité du dispositif et l’interconnexion entre pharmaciens, intelligence artificielle et dermatologues. L’objectif : permettre un dépistage plus précoce et limiter les conséquences de certaines maladies de peau en réduisant le temps d’accès à un avis spécialisé.

Le retour médical est structuré selon un code couleur : vert : aucune surveillance particulière ; jaune : surveillance recommandée sous 3 mois ; orange : consultation à prévoir dans les 3 mois ; rouge : consultation nécessaire sous un mois.

En cas de recommandation de consultation, le patient repart avec une lettre du dermatologue facilitant l’accès à un spécialiste.

Une réponse à la désertification médicale

À l’origine de cette initiative, Isabelle Bernard Deliens, responsable de la pharmacie, qui souligne l’élargissement progressif des missions des pharmaciens : tests urinaires, dépistage d’angine, vaccinations, ou encore téléconsultations médicales déjà mises en place depuis trois ans.

« La cabine de téléconsultation avec un médecin généraliste est utilisée tous les jours », explique-t-elle. L’ajout de la dermatologie s’est donc imposé naturellement, d’autant que les demandes de conseils liés à la peau sont fréquentes en officine.

La situation locale renforce ce besoin : aucun dermatologue n’est installé au Neubourg, et seulement cinq exercent dans l’ensemble du département de l’Eure. Une pénurie qui entraîne des délais importants et un parcours de soins parfois complexe.

« Les patients tournaient en rond entre le pharmacien et le médecin généraliste », résume Isabelle Bernard Deliens, qui a elle-même sollicité Skinmed pour mettre en place le service.

Financé par un abonnement mensuel pour la pharmacie et facturé 15 euros par consultation pour les patients, le dispositif a déjà trouvé son public. Depuis son lancement, plus de 70 télé-expertises ont été réalisées.

Si la majorité des cas aboutissent simplement à rassurer les patients, certains diagnostics ont néanmoins permis d’identifier des lésions nécessitant un suivi médical plus poussé, notamment en cas de grains de beauté suspects.

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