Pour la troisième fois en six ans, l’Académie nationale de médecine remet le sujet de l’obligation vaccinale des soignants sur la table. Dans un rapport révélé le 5 mai 2026, l’institution appelle à rendre obligatoire la vaccination antigrippale pour l’ensemble des professionnels de santé.

À ce jour, seuls 20 % des soignants sont vaccinés contre la grippe saisonnière, un niveau jugé incompatible avec les exigences de sécurité sanitaire.

Pour Christine Rouzioux, rapporteuse du rapport, les professionnels de santé sont à la fois fortement exposés au virus et susceptibles de le transmettre aux patients, y compris sans présenter de symptômes.

Un impact sanitaire massif chaque hiver

Les données récentes confirment le poids sanitaire de la grippe sur le système de soins. Lors de la dernière saison épidémique :

– 1,2 million de consultations ont été enregistrées ;

– 115 000 passages aux urgences ;

– 24 000 hospitalisations ;

– 12 700 décès (contre 17 900 lors de la saison 2024-2025).

Ces chiffres, cohérents avec les estimations de Santé publique France, traduisent une pression hospitalière significative, particulièrement dans les périodes hivernales de tension. Au-delà des patients, l’impact sur les équipes soignantes est également pointé : l’absentéisme lié aux infections grippales contribue directement à la désorganisation des services.

Un argument économique central : un rapport coût-bénéfice largement favorable

L’un des axes clés du rapport repose sur l’analyse économique. Le coût annuel de la grippe est estimé 1 à 2 milliards d’euros. Le coût estimé de la vaccination des 2 millions de soignants est lui évalué à 20 à 30 millions d’euros. Pour l’Académie, la vaccination constitue donc un levier d’efficience évident, en réduisant :

– les consultations médicales ;

– les hospitalisations et admissions en réanimation ;

– la mortalité ;

– les pertes de productivité liées à l’absentéisme.

Cette approche rejoint les travaux régulièrement publiés par le ministère de la Santé sur le coût global des pathologies saisonnières.

Entre responsabilité professionnelle et liberté individuelle

Le rapport assume une position forte : refuser la vaccination reviendrait, selon ses auteurs, à « nier les responsabilités médicales vis-à-vis des patients ». Si cette position prolonge les débats ouverts lors de l’obligation vaccinale contre le Covid-19, elle remet aussi en jeu un arbitrage sensible entre la protection des patients et les libertés individuelles des soignants.

Afin d’améliorer l’adhésion, l’Académie préconise d’intensifier une communication ciblée auprès des professionnels. Selon les auteurs, l’hésitation vaccinale demeure, alimentée par une perception encore atténuée de la gravité de la grippe.

Une décision suspendue à l’avis de la Haute Autorité de santé

À court terme, une évolution reste possible. La dernière loi de financement de la sécurité sociale prévoit en effet la possibilité d’une obligation vaccinale, sous réserve d’un avis de la Haute Autorité de santé. Cet avis est attendu au début de l’été 2026. Il conditionnera toute décision gouvernementale.

Avec AFP