Autre interrogation : l’état d’esprit d’Antonino lors de son interpellation. « Il était éteint, ailleurs. Il a fallu le ramener à nous », témoigne un policier. Avant d’ajouter qu’il a ensuite coopéré et répondu aux questions. Était-il lucide ? « Difficile à dire. »
La voiture
Les jurés s’intéressent aussi aux équipements du véhicule. Un système anticollision était bien présent sur la BMW, mais limité à 60 km/h. « Dans ce cas précis, il ne s’est pas activé en raison de la vitesse adoptée », précise un enquêteur. Quant aux grands phares visibles sur certaines images, leur activation relevait uniquement du conducteur. Paolo Falzone affirme les avoir enclenchés rue de Bray avant de les couper rue des Canadiens.
Pourquoi les airbags ne se sont-ils pas déclenchés ? La réponse est technique : « Le système a estimé que les occupants n’étaient pas en danger immédiat. On ne percute pas un obstacle rigide, mais des corps », répond un policier.
À la barre, Antonino explique sa présence dans le véhicule : « Il devait me ramener chez moi. Je ne m’attendais pas à ça. Je pensais m’assoupir et rentrer. » Du côté des premiers intervenants, un policier raconte avoir découvert une victime dans l’habitacle en observant le pare-brise. « Aucun des deux occupants ne l’avait signalé. »
Les questions se font plus directes. Antonino a-t-il fait une remarque sur la conduite de Paolo, téléphone en main ? « Je l’ai appris plus tard. Je m’étais assoupi. »
Tuer un gille
L’échange se tend lorsque Me Jean-Philippe Mayence interroge Paolo Falzone sur des propos qu’il aurait tenus après les faits. A-t-il reconnu avoir « tué un gille » ? L’accusé nie. Le policier, lui, maintient sa version. Paolo Falzone évoque plutôt ces mots : « J’ai écrasé des gens et je vais aller en prison. » Une phrase que la présidente replace dans un contexte : une conversation téléphonique avec sa mère.
Autre moment clé : la présence du corps de Salvatore Impériale dans l’habitacle sur près d’un kilomètre. Paolo Falzone affirme ne pas l’avoir vu. « Je n’ai aperçu qu’une femme sur la console centrale. » Une version qui diverge de celle d’Antonino, qui évoquait un corps entre eux.

Civil party lawyer Jean-Philippe Mayence gestures during the third day of the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Wednesday 06 May 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage
Les interrogations se poursuivent sur les instants qui suivent le choc : coupure du téléphone, musique interrompue… L’expertise confirme une rupture technique.
Enfin, l’avocat s’attarde sur les motivations de l’accusé, notamment ses publications sur les réseaux sociaux. Paolo Falzone reconnaît avoir voulu « impressionner » ses abonnés, une centaine selon lui. Le choix de la musique ? « Rien de réfléchi. »
Connaissait-il le carnaval ? Oui, répond-il, tout en assurant ne pas avoir vu les annonces liées à l’événement car il n’est pas toujours collé à son téléphone. Une affirmation qui fait réagir la présidente et l’avocat. Me D’Agristina interpelle Paolo : « Vous n’avez pas parlé carnaval chez votre coiffeur, durant l’après-midi ? » L’accusé répond que non.
La question la plus lourde reste sans détour : a-t-il senti qu’il percutait des personnes ? « J’ai compris que quelque chose n’allait pas. Quand la dame s’est retrouvée sur la console. J’entendais des cris, des coups sur la voiture. «
Des hypothèses
Quant aux circonstances exactes ayant conduit certaines victimes à se retrouver dans l’habitacle, les experts restent prudents : « Nous sommes dans l’hypothèse. Plusieurs victimes sont décédées immédiatement. Elles se trouvaient probablement à l’arrière du cortège. »
Me Mayence demande si on peut déterminer à quel moment la dame, surnommée Fifa, a été heurtée. Les policiers répondent que c’est là aussi une pure hypothèse. « Je pense que cette dame se trouvait devant Salvatore Impériale. Elle a dû bénéficier du fait que Monsieur Impériale a traversé le pare-brise. Plus personne ne pouvait entrer dans l’habitacle, les autres ont dû être projetés sur les côtés ».
Concernant le gille Frédéric D’Andrea, il portait bien sa ceinture avec les grelots. Il est resté sur le capot, sur une vingtaine de mètres, du véhicule en décélération. Au moment du freinage, il est tombé et la voiture a remis les gaz et roulé dessus.
Paolo précise qu’il n’a touché aucun corps, contrairement à Antonino. Sur une vidéo, on le voit tirer Salvatore Imperiale par les jambes et non par le buste comme il l’a déclaré lundi ou lors de la reconstitution.
Le téléphone
Me Mayence interroge Antonino sur l’extinction de son téléphone. Avant l’impact selon lui, quelques minutes plus tôt selon l’enquête. « Il n’a jamais tenu cette explication durant l’enquête », répond un policier. Le téléphone s’est éteint à 4h57.
Me D’Agristina demande si les accusés se sont intéressés de l’état de santé des victimes sur la rue des Canadiens. « À aucun moment », répond un policier.

the start of the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Monday 04 May 2026. The trial of the two cousins concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage
Elle constate que le téléphone de Paolo Falzone s’est remis en marche à 5h06, soit une minute après l’impact. Une minute plus tard, il appelle sa maman jusqu’à 5h11. Entre 5h11 et 5h15, il n’est pas au téléphone. Sur la vidéo, les deux hommes sont face à face. Que se disent-ils ? Paolo Falzone ne s’en souvient pas. Est-ce qu’Antonino lui demande d’appeler les secours ? « Non, je n’en ai pas discuté avec lui mais avec ma maman. Nous étions tous les deux sous le choc, on s’est certainement demandé ce qui s’était passé ». Antonino n’est pas certain d’avoir demandé à Paolo ce qui s’était passé.
Traverser la foule
Me Dimitri De Beco demande à Paolo Falzone s’il n’a pas quitté la route des yeux en regardant son compteur kilométrique. Paolo Falzone confirme. L’avocat s’interroge : pourquoi avoir poursuivi sa route au lieu de s’écarter ? L’accusé répond qu’à une telle vitesse, il ne distinguait presque rien et qu’il n’avait pas compris qu’il traversait une foule.
Me De Beco souligne toutefois que, lors de sa deuxième audition, l’accusé avait déclaré avoir traversé « une foule ». À cela, Paolo Falzone n’apporte pas d’explication, affirmant qu’il ne voyait rien en raison de son pare-brise fissuré. Il avait également indiqué, à cette occasion, avoir vu des gens « voler ».
Me Gelay est perdu entre les différentes versions des accusés. Antonino maintient : il est persuadé d’avoir été réveillé juste avant l’impact, alors que Paolo a déclaré qu’il lui parlait, tout en filmant son compteur kilométrique. Il dit aujourd’hui avoir été réveillé par le freinage.