Sous forte pression

Dans l’intervalle, les exclus du chômage affluent, par vagues successives, dans les CPAS. Dans quelles proportions ? Le gouvernement avait fait le pronostic un tiers (de gens qui retrouvent un travail)/un tiers (qui frappent à la porte du CPAS)/un tiers (qui se débrouillent de leur côté).

Selon les chiffres (encore non stabilisés) du SPP Intégration sociale, près de la moitié (47,9 %) des chômeurs exclus en janvier et en février étaient « entrants au revenu d’intégration » fin mars. Avec une forte disparité entre la Wallonie (55,4 %), Bruxelles (41,5 %) et la Flandre (38,1 %).

« J’ai envie de travailler. Je vais devenir cinglée si je ne fais rien »

Les travailleurs de première ligne qui accueillent les nouveaux venus au CPAS sont soumis à une forte pression. À l’augmentation du nombre de dossiers s’ajoutent de nouvelles règles de calcul pour l’octroi du revenu d’intégration (RI). « Les revenus de toute la famille doivent désormais être globalisés, ce qui change la manière de calculer. Par ailleurs, on nous demande de renforcer l’insertion socioprofessionnelle de ces personnes qui ont été exclues du chômage », aligne Dorothée Klein.

Le nombre de brosses à dents

Pour les CPAS, la coupe est pleine. Vu le surcroît de travail, les travailleurs de première ligne ne sont plus en mesure de respecter les délais légaux pour boucler les dossiers de demandes de RI – les bénéfciaires doivent recevoir une réponse endéans le mois. Impossible, par exemple, de faire toutes les visites à domicile qui clôturent l’enquête sociale. Pour vérifier, par exemple en comptant le nombre de brosses à dents, que le chômeur exclu est bien « isolé » (ce qui donne droit à un RI plus élevé) et pas « cohabitant ».

D’une seule voix, les trois fédérations (wallonne, bruxelloise et flamande) de CPAS du pays demandent un moment de répit : un stop à toute (autre) réforme touchant les CPAS et leur public, au minimum pour les six prochains mois. Pour permettre à ces institutions d’absorber le choc du report de charges et leur accorder le temps nécessaire à la mise en œuvre des mesures liées à la réforme du chômage.

« On serait des chômeurs professionnels qui ne foutent rien depuis vingt ans ? C’est faux ! Mais on est les premiers à passer à la casse »

Les CPAS auraient ainsi un peu plus que le mois réglementaire pour effectuer les visites à domicile; cela allégerait le travail de la première ligne sociale. « Un mois, c’est court. Il faut parfois retourner sur place à plusieurs reprises parce que la personne est absente. On demande juste un peu de latitude », indique encore Dorothée Klein.

Le bénéficiaire recevrait lui sa décision d’octroi dans le délai légal, si l’enquête sociale est positive. La visite à domicile se ferait dans les semaines qui suivent. Si elle contredit les résultats de l’enquête sociale, la décision peut être révisée et le bénéficiaire devrait rembourser les sommes indûment perçues.

Un soutien financier aussi

Les Fédérations de CPAS demandent aussi une solution de crise temporaire pour que les CPAS n’aient pas à ouvrir de nouveaux dossiers d’avance. Certains exclus du chômage se sont tournés vers l’Awiph, pour solliciter un statut de personne handicapée, ou vers l’Inami, pour obtenir une reconnaissance d’invalidité. Ces démarches prennent du temps et ces acteurs institutionnels n’ont pas les mêmes délais légaux à respecter. Dans l’intervalle, les gens se retournent vers le CPAS parce qu’il faut bien manger et payer son loyer.

Les CPAS réclament encore un soutien financier à l’Arizona. Jusqu’ici, le fédéral compensait à 100 % les revenus d’intégration des exclus du chômage ainsi que les besoins en personnel pour absorber ce public. À partir de juillet, ce ne sera plus le cas : les CPAS seront financés à des hauteurs variables (70%,80%…, seon les communes) pour les exclus du chômage comme pour les autres bénéficiaires du revenu d’intégration, les communes devant mettre la main à la poche pour payer la différence.

Les premiers jours de 2026 seront rudes pour les exclus du chômage: un tiers devrait « tomber » au CPAS

Les CPAS veulent un élargissement de la compensation à 100 % pour les exclus de la vague de juillet, les personnes qui font une demande tardive et les jeunes qui se trouvent en fin d’allocations d’insertion.

Les trois fédérations de CPAS, qui viennent d’adresser ces demandes à la ministre de l’Intégration sociale, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), attendent une réponse rapide. Faute de quoi, ils ne peuvent pas garantir de pouvoir maintenir l’octroi des aides sociales dans les conditions prévues part la loi. « Il y a urgence absolue pour tous les CPAS du pays ».