Les exportations de pétrole iranien sont quasiment à l’arrêt, saturant les cuves de stockage du pays. Selon certains experts, Téhéran pourrait devoir stopper sa production d’ici quelques jours, avec des risques de perturbations durables sur les marchés mondiaux de l’énergie.
Pratiquement plus une goutte de pétrole iranien ne quitte le pays, une situation qui s’inscrit dans la stratégie américaine d’asphyxie économique et qui entraîne un remplissage rapide des capacités de stockage. Téhéran avait anticipé en les renforçant dès les années 1995, lors des premières sanctions visant son secteur énergétique, mais la marge de manœuvre s’amenuise désormais nettement.
Selon Thierry Bros, expert énergie et climat et professeur à Science Po, « l’Iran pourrait être obligée d’arrêter sa production pétrolière dans une dizaine de jours ». Grâce à l’imagerie satellite, il est possible de mesurer précisément le niveau de remplissage des réservoirs, dont les toits flottants révèlent l’espace encore disponible. « Une fois les réservoirs pleins, l’Iran n’aura d’autre choix que de stopper sa production », a souligné le spécialiste mardi dans La Matinale de la RTS.
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Les cuves de pétroles sont pleines en Iran à cause de la guerre (vidéo) / La Matinale / 4 min. / mardi à 07:00 Un arrêt aux conséquences lourdes
Mais mettre un puits de pétrole à l’arrêt n’est pas anodin. En effet, redémarrer la production est un processus complexe, coûteux et parfois incertain, explique Marine Champon, fondatrice d’Initiatik, un cabinet de conseil en gestion de risques.
« En Iran, les champs pétroliers sont souvent anciens et leur niveau de production est relativement faible. Le pétrole se trouve plus en profondeur, ce qui nécessite une pression importante et constante pour exploiter au mieux les capacités restantes. Si l’on arrête ces champs, on risque de ne pas retrouver cette pression, et donc de ne plus pouvoir exploiter pleinement les ressources encore disponibles », explique-t-elle au micro de la RTS.
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Rôle clé dans l’approvisionnement global
Chaque jour de blocage du détroit d’Ormuz accentue les tensions sur le marché pétrolier. A court terme, certains pays compensent en puisant dans leurs réserves stratégiques. Mais si l’Iran cesse durablement d’exporter et se limite à une production pour sa consommation interne, l’impact sera plus profond.
Il va être de plus en plus compliqué de trouver du kérosène pour les avions en Europe
Thierry Bros, expert énergie et climat et professeur à Science Po
Sixième producteur mondial, l’Iran joue un rôle clé dans l’approvisionnement global. D’autant que le conflit affecte aussi d’autres infrastructures dans la région. Des installations pétrolières ont été endommagées au Koweït et au Qatar, réduisant encore davantage l’offre.
Les premiers effets se font sentir en Asie, principale destination du pétrole iranien. Des pénuries sont signalées au Pakistan, au Bangladesh et aux Philippines. Mais l’Europe ne sera pas épargnée. « Il va être de plus en plus compliqué de trouver du kérosène pour les avions en Europe, ce qui est déjà le cas en Asie. Ensuite, lorsque le conflit sera résolu, on n’aura pas sur un claquement de doigts les volumes qui nous manquent. Ça prendra presque un an pour tout remettre en route », précise Thierry Bros.
Une crise durable en perspective
Le conflit ne se limite donc pas à une perturbation temporaire. Il menace de provoquer une baisse durable de l’offre mondiale d’énergie, avec des répercussions directes sur les prix. Inflation, tensions sur les carburants et perturbations logistiques pourraient s’installer dans la durée.
Depuis le début de la crise, des centaines de navires et environ 20’000 marins ont été empêchés de traverser le détroit d’Ormuz, selon l’Organisation maritime internationale. Ce passage stratégique s’impose plus que jamais comme un point de fragilité majeur pour l’économie mondiale.
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Cléa Favre/hkr