Comment le sujet du plaisir féminin vous est-il venu pour ce nouveau film ?

« L’idée ne vient pas de moi mais des deux auteurs Gary Kikoïne et David Solal. Ils sont tombés sur un reportage des créateurs du Womanizer et ont trouvé ça dingue qu’un couple ait réussi à révolutionner le plaisir féminin. Pour tout vous dire, quand on m’a proposé le projet, j’ai d’abord dit non. Je me suis dit : ‘Je ne vais pas raconter l’histoire de la création d’un vibromasseur’. Cela ne m’intéressait pas. Mais ce qui a fini par attirer mon attention, c’est que 30 % de femmes n’avaient jamais connu l’orgasme. L’idée était d’aller chercher la raison pour laquelle elles n’y parviennent pas. Ou du moins, pourquoi elles s’interdisent peut-être de l’atteindre de manière complètement inconsciente, à travers la culpabilité. Il y a énormément de comédie dans le film, mais j’avais besoin d’avoir un vrai fond, un prisme plus psychologique sur lequel les femmes pouvaient s’identifier. »

François Cluzet à la conquête du plaisir féminin dans une comédie qui fait du bien : « Je suis très gentil, mais il ne faut pas m’empêcher de jouer »

Le film parvient à mettre en lumière les femmes, sans être pour autant militant.

« Absolument, parce que ce n’est pas ma nature d’être militante. Je remercie infiniment les militantes, parce qu’elles ont beaucoup de courage. Moi ma force, si je devais en avoir une, ce serait justement d’utiliser mon art pour aborder des sujets mais de manière plus accessible en divisant moins. D’ailleurs, le futur projet que j’ai actuellement en tête, s’il se concrétise, sera encore une comédie qui met à l’honneur les femmes. »

« Comment montrer qu’une femme atteint l’orgasme, sans montrer d’actes sexuels ? »

Est-ce que vous n’aviez pas peur de vous attaquer à un sujet trop sensible ?

« C’est la raison pour laquelle j’ai refusé au début. J’appréhendais énormément. L’élégance, la pudeur et la finesse étaient obligatoires, sinon je n’aurais pas pu assumer. Je ne voulais pas qu’il y ait de nudité ou de scènes trash, tout ça ne m’intéresse pas. Ce n’est pas comme cela que l’on fait avancer les choses. Cela a été un défi de créativité et c’était super jouissif de devoir montrer des choses sans vraiment les montrer. Comment montrer qu’une femme atteint l’orgasme, sans montrer d’actes sexuels ou de femme haletante ? Je pense que c’est rendre hommage aux femmes de garder une certaine pudeur, une certaine élégance. Nous sommes toutes belles, élégantes et jolies, donc j’avais envie d’un film à notre image. »

Comprenez-vous que la sexualité soit encore tabou aujourd’hui ?

« Bien sûr, c’est tabou pour moi. Évidemment entre deux copines on en discute librement, mais en discuter de manière plus frontale, dans un film ou une interview, cela reste quelque chose qui me met mal à l’aise. Je fais attention et pèse mes mots, mais je m’efforce de me dire que c’est important et que cela fait avancer les choses. Si je peux apporter ma pierre à l’édifice, un peu de douceur et de drôlerie, alors c’est chouette. »

Connaissiez-vous le Womanizer ?

« Non, je ne suis pas une adepte de ce genre de jouet. Je suis plus quelqu’un qui va travailler sur l’introspection. Évidemment, je vis avec l’air de mon temps, mais je ne suis pas une collectionneuse. »

Alexandra Lamy, Francois Cluzet, Reem Kherici à la première du film Pour Le Plaisir.Alexandra Lamy, Francois Cluzet, Reem Kherici à la première du film Pour Le Plaisir.Alexandra Lamy, Francois Cluzet, Reem Kherici à la première du film Pour Le Plaisir. ©Cyril Pecquenard/SIPA

Pourquoi avoir choisi François Cluzet et Alexandra Lamy ?

« Cela a été une évidence. J’avais envie d’un couple solaire complémentaire, iconique, inédit. J’avais envie d’une actrice qui ne nous met pas mal à l’aise, mais qui au contraire pourrait être notre meilleure amie. Quelqu’un qu’on a envie de suivre et pour qui on a beaucoup d’empathie. Pour ce qui est de François Cluzet, j’ai toujours eu une grande admiration de son travail, comme beaucoup d’entre nous. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il est aussi viril que vulnérable. C’est exactement ce que je voulais pour le personnage de Tom. Je voulais un gars que l’on aime profondément. À deux, ils forment un couple irrésistible, drôle, rock et amoureux. »

Le film se veut comique, mais aussi très romantique. Êtes-vous une romantique ?

« Je suis très très romantique. D’ailleurs, j’aimerais bien être un peu plus légère, mais je suis comme je suis. »

Êtes-vous d’accord quand on dit que réussir une comédie est aujourd’hui plus compliqué ?

« Non, je dirais juste que le rythme de la comédie doit être plus soutenu qu’auparavant pour plein de raisons. Aujourd’hui, nous sommes assoiffés de news, on scrolle 24 heures sur 24 nos téléphones. Nous avons une capacité d’attention qui est extrêmement réduite. Si le rythme de la comédie n’est pas soutenu, alors cela devient difficile. »