Mesures prises en retard
Le cabinet du ministre des Affaires sociales (Vooruit) invoque un décalage dans le calendrier des réformes. « Il y a différentes mesures qui seront prises plus tard que prévu. La vitesse de croisière des économies réalisées se concrétise donc plus tard », explique-t-il. Sont notamment cités les nouveaux mécanismes d’évaluation de l’invalidité ou encore la responsabilisation financière accrue des employeurs.
Cette correction peut sembler limitée au regard des masses budgétaires de la sécurité sociale. Elle n’en constitue pas moins un signal politique préoccupant pour le gouvernement de Bart De Wever (N-VA), engagé dans une course contre la montre budgétaire. Car l’exécutif fédéral devra encore trouver « minimum minimorum » cinq milliards d’euros d’ici le 21 juillet afin de maintenir la trajectoire exigée par la Commission européenne d’ici 2029.
Une priorité, pourtant
Or les malades de longue durée constituaient précisément l’un des principaux gisements d’économies avancés par la majorité. Face au refus du MR de nouvelles hausses d’impôts et à l’hostilité d’une partie de la coalition à toute taxation du patrimoine, la réduction des dépenses sociales est devenue un axe central de la stratégie budgétaire du gouvernement.
Le dossier est d’autant plus sensible que le nombre de personnes en invalidité continue d’augmenter, même si c’est à un rythme moins soutenu. Selon les dernières statistiques de l’Inami, plus de 526 000 personnes étaient reconnues en invalidité en Belgique en 2023. Pour 2025, il n’existe pas encore — à ce stade — de chiffre annuel consolidé officiel pour l’ensemble de l’année mais plusieurs sources et projections évoquent désormais 540.000 à 550 000 fin 2024-début 2025, avec une trajectoire vers près de 600.000 à l’horizon 2030. Le coût total des indemnités pourrait donc approcher les 18 milliards d’euros à l’horizon 2030.
La Belgique est-elle vraiment la championne d’Europe des malades de longue durée ?
Dans ce contexte, la majorité a progressivement durci son discours. Ces derniers mois, la N-VA et le MR ont multiplié les critiques contre les mutualités, accusées de laxisme dans le contrôle des invalidités. La révélation d’un rapport interne de l’Inami datant de 2020 — méthodologiquement contesté mais concluant que 59 % des invalides contrôlés étaient aptes à reprendre au moins partiellement le travail — a encore récemment alimenté la pression politique autour du dossier.
Complexité à tous les étages
Mais transformer ces ambitions politiques en économies réelles s’avère plus complexe. Le système souffre d’un manque chronique de médecins-conseils, tandis que la réintégration des malades de longue durée dépend largement de facteurs structurels : pénibilité du travail, santé mentale, vieillissement de la population ou encore conditions de travail. « Le gouvernement se heurte à la principale faiblesse de sa stratégie : les économies les plus ambitieuses sont aussi les plus incertaines », lance une de nos sources. « Pour être honnête, on s’attendait à ce que l’économie réalisée soir encore plus faible », lance une autre source, de la majorité.
Alors que les recettes fiscales déçoivent déjà, ce retard dans les gains attendus sur les malades de longue durée ajoute une pression supplémentaire sur une coalition contrainte de présenter rapidement des comptes crédibles en juillet. Pour Bart De Wever, cette énième fissure dans l’édifice budgétaire tombe au plus mauvais moment.